La difficulté du Menteur n'est pas le nombre de personnages mais la confusion volontairement entretenue entre deux d'entre eux. Voici de quoi ne plus s'y perdre. La pièce est disponible en lecture intégrale, et notre fiche bac détaille l'intrigue acte par acte.

Dorante, le menteur

Jeune homme arrivé de Poitiers, où son père l'avait envoyé étudier le droit. Il ment dès sa première scène et ne s'arrête plus : il s'invente des campagnes militaires en Allemagne, une fête somptueuse sur la Seine, un mariage secret à Poitiers.

Le point à comprendre pour toute analyse : il ne ment presque jamais par intérêt. Il ment pour plaire, pour occuper le devant de la scène, et parce qu'il improvise bien. Corneille en fait un artiste de la fiction, ce qui explique l'ambiguïté morale de la pièce.

Cliton, le valet

Il connaît Paris, renseigne son maître, et surtout il tient la comptabilité des mensonges. Ses répliques servent de fil au spectateur : c'est lui qui rappelle ce que Dorante a déjà raconté et à qui.

Il oscille entre la réprobation et l'admiration franche pour la virtuosité de son maître — position qui est aussi celle du public.

La confusion Clarice / Lucrèce

C'est le nœud de l'intrigue et la source de tous les malentendus.

Dorante rencontre deux jeunes femmes aux Tuileries. Il tombe amoureux de Clarice, mais Cliton, mal renseigné, lui donne le nom de Lucrèce. Dorante passe donc toute la pièce à courtiser la femme qu'il aime en l'appelant du nom d'une autre.

Clarice est vive, méfiante, et déjà promise à Alcippe. Lucrèce, plus effacée, reçoit les déclarations qui ne lui étaient pas destinées — et finit par les prendre pour elle. Le dénouement lui donne Dorante.

Géronte, le père

Il n'est pas ridicule, et c'est important. Corneille lui donne de la dignité : il a arrangé un mariage avantageux pour son fils, il découvre qu'on lui a menti, et sa colère à l'acte V est le seul moment grave de la pièce. Il parle d'honneur et de nom — vocabulaire cornélien, transplanté dans une comédie.

Alcippe et les seconds rôles

Alcippe, ami de Dorante, aime Clarice et devient fou de jalousie en entendant le récit inventé de la fête sur l'eau. Il croit tout, provoque en duel, et sert à montrer les dégâts réels d'un mensonge gratuit.

Isabelle et Sabine, les suivantes, font circuler les lettres et les rendez-vous — mécanique classique de la comédie.

Ce que la fin nous apprend

Dorante n'est pas puni : il épouse Lucrèce et paraît s'en accommoder. Corneille refuse la sanction morale, et c'est ce qui rend la pièce moderne. Pour exploiter ce point, voir notre guide des sujets de dissertation.