En 30 secondes. Première scène de la pièce (acte I, scène 1), sur « une place devant le château ». Le Chœur, un groupe de villageois, voit arriver maître Blazius, gouverneur de Perdican, « doucement bercé sur sa mule fringante », puis dame Pluche, gouvernante de Camille, « durement cahotée sur son âne essoufflé ». Chacun annonce le retour de son élève : Perdican, « reçu docteur à Paris », et Camille, sortie du couvent. Deux portraits-charges symétriques, le gros buveur et la maigre dévote, peints par un Chœur qui parle comme une épopée. Pour le parcours « Les jeux du cœur et de la parole », la scène pose d’emblée la parole comme spectacle.
La pièce se lit gratuitement et en intégralité sur Vinteuil et s’écoute en livre audio (extrait gratuit, intégrale avec Premium) ; la fiche bac rassemble résumé, personnages et citations, et notre méthode de l’oral détaille l’épreuve. Voir aussi nos explications de la tirade de Perdican (II, 5) et du dénouement (III, 8).
Situer le passage
On ne badine pas avec l’amour paraît en 1834 dans la Revue des deux Mondes, puis dans le recueil Un spectacle dans un fauteuil : après l’échec de sa première pièce à la scène, Musset écrit un théâtre à lire, libre des contraintes de la représentation, qui mêle le comique et le grave. Le sous-titre « proverbe » renvoie à un petit genre de salon qui illustre une maxime ; Musset le gonfle en trois actes et lui donne une fin tragique. La première scène doit exposer. Musset confie cette tâche à un « Chœur », emprunté à la tragédie grecque, mais fait ici de villageois qui tendent des écuelles de vin et se moquent des arrivants. Deux messagers entrent tour à tour, Blazius puis Pluche, et annoncent le retour de Perdican et de Camille au château du Baron.
Problématique possible : comment Musset transforme-t-il la scène d’exposition, obligatoire et souvent ennuyeuse, en un jeu parodique où le Chœur antique sert à peindre deux caricatures ?
Mouvements :
- L’entrée de Blazius : un tableau épique pour un gros homme sur une mule (première réplique du Chœur).
- Le discours de Blazius : un éloge de Perdican qui trahit son auteur (jusqu’à « je vais tirer la cloche »).
- L’entrée de dame Pluche : le portrait inversé (jusqu’à « un peu de vinaigre ! »).
- Le discours de Pluche et ce que l’exposition annonce (jusqu’à « Ils sortent »).
Le texte
(Une place devant le château.)
Le Chœur. — Doucement bercé sur sa mule fringante, messer Blazius s’avance dans les bleuets fleuris, vêtu de neuf, l’écritoire au côté. Comme un poupon sur l’oreiller, il se ballotte sur son ventre rebondi, et, les yeux à demi fermés, il marmotte un Pater noster dans son triple menton. Salut, maître Blazius ; vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore antique.
Maître Blazius. — Que ceux qui veulent apprendre une nouvelle d’importance m’apportent ici premièrement un verre de vin frais.
Le Chœur. — Voilà notre plus grande écuelle ; buvez, maître Blazius ; le vin est bon, vous parlerez après.
Maître Blazius. — Vous saurez, mes enfants, que le jeune Perdican, fils de notre seigneur, vient d’atteindre à sa majorité, et qu’il est reçu docteur à Paris. Il revient aujourd’hui même au château, la bouche toute pleine de façons de parler si belles et si fleuries, qu’on ne sait que lui répondre les trois quarts du temps. Toute sa gracieuse personne est un livre d’or ; il ne voit pas un brin d’herbe à terre, qu’il ne vous dise comment cela s’appelle en latin. […] Enfin c’est un diamant fin des pieds à la tête, et voilà ce que je viens annoncer à M. le baron. Vous sentez que cela me fait quelque honneur, à moi, qui suis son gouverneur depuis l’âge de quatre ans ; […] que je descende un peu de cette mule-ci sans me casser le cou ; la bête est tant soit peu rétive, et je ne serais pas fâché de boire encore une gorgée avant d’entrer.
Le Chœur. — Buvez, maître Blazius, et reprenez vos esprits. Nous avons vu naître le petit Perdican, et il n’était pas besoin, du moment qu’il arrive, de nous en dire si long. Puissions-nous retrouver l’enfant dans le cœur de l’homme !
Maître Blazius. — Ma foi, l’écuelle est vide, je ne croyais pas avoir tout bu. Adieu ; j’ai préparé, en trottant sur la route, deux ou trois phrases sans prétention qui plairont à monseigneur ; je vais tirer la cloche. (Il sort.)
Le Chœur. — Durement cahotée sur son âne essoufflé, dame Pluche gravit la colline ; son écuyer transi gourdine à tour de bras le pauvre animal, qui hoche la tête, un chardon entre les dents. Ses longues jambes maigres trépignent de colère, tandis que de ses mains osseuses elle égratigne son chapelet. Bonjour donc, dame Pluche ; vous arrivez comme la fièvre, avec le vent qui fait jaunir les bois.
Dame Pluche. — Un verre d’eau, canaille que vous êtes ! un verre d’eau et un peu de vinaigre !
Le Chœur. — D’où venez-vous, Pluche, ma mie ? […]
Dame Pluche. — Sachez, manants, que la belle Camille, la nièce de votre maître, arrive aujourd’hui au château. […] Son éducation, Dieu merci, est terminée, et ceux qui la verront auront la joie de respirer une glorieuse fleur de sagesse et de dévotion. Jamais il n’y a rien eu de si pur, de si ange, de si agneau et de si colombe que cette chère nonnain ; que le seigneur Dieu du ciel la conduise ! Ainsi soit-il !
Le Chœur. — […] Mettons nos habits du dimanche, et attendons que le baron nous fasse appeler. Ou je me trompe fort, ou quelque joyeuse bombance est dans l’air d’aujourd’hui. (Ils sortent.)
Les coupes […] abrègent l’éloge de Perdican et les piques échangées avec Pluche ; selon votre descriptif, l’extrait peut s’arrêter à la sortie de Blazius. Texte intégral dans l’édition gratuite.
Premier mouvement : la parodie épique du Chœur
La première phrase de la pièce est un tableau. Elle s’ouvre sur « Doucement bercé », adverbe et participe qui installent un rythme berceur avant que le sujet apparaisse : « messer Blazius s’avance ». Le titre « messer », italien et archaïque, le décor des « bleuets fleuris », le complément placé avant le verbe donnent à la phrase une allure de récit noble. Or l’objet de ce récit est un gros homme sur une mule : le décalage entre le ton et le sujet est le premier ressort comique.
Le portrait accumule les détails physiques : « l’écritoire au côté », emblème du pédant, puis le corps du bon vivant, « son ventre rebondi », « son triple menton ». Deux comparaisons encadrent le tableau : « Comme un poupon sur l’oreiller » ramène le savant à l’état de nourrisson ballotté par sa monture ; « pareil à une amphore antique » le réduit à un récipient à vin. L’adjectif « antique » fait sourire : c’est le seul point commun entre Blazius et la Grèce dont le Chœur imite la voix. Entre les deux, « il marmotte un Pater noster » : la prière est mâchonnée, sans ferveur. Le salut, « vous arrivez au temps de la vendange », mêle l’accueil et la moquerie, la vendange annonçant le vin. Le Chœur de Musset n’est pas un commentateur solennel, mais une voix collective et ironique qui voit tout et dit tout.
Deuxième mouvement : le portrait grotesque de Blazius
La première réplique de Blazius confirme le portrait : avant toute nouvelle, « un verre de vin frais ». Le Chœur, complice, tend « notre plus grande écuelle » avec un ordre plaisant : « le vin est bon, vous parlerez après ». La parole est une marchandise que l’on paie en vin ; le thème du parcours est posé sur le mode bouffon.
Son discours est un éloge de Perdican : « reçu docteur à Paris », « un livre d’or », « un diamant fin des pieds à la tête ». Mais ce que Blazius admire, c’est le langage : « la bouche toute pleine de façons de parler si belles et si fleuries, qu’on ne sait que lui répondre les trois quarts du temps ». Le compliment décrit un bavard que personne ne comprend, qui nomme les brins d’herbe « en latin ». Perdican est présenté, avant d’entrer, comme un homme de mots ; toute la pièce montrera ce que les mots feront de lui. Le gouverneur se félicite (« cela me fait quelque honneur, à moi »), puis redevient un corps encombrant dans la chute de la tirade : « sans me casser le cou », « boire encore une gorgée avant d’entrer ».
La réponse du Chœur est capitale. Aux grandes phrases, il oppose une connaissance intime : « Nous avons vu naître le petit Perdican ». Le diminutif corrige « docteur » ; le peuple connaît l’enfant, le pédant vante le diplômé. Puis vient un vœu qui sort du registre comique : « Puissions-nous retrouver l’enfant dans le cœur de l’homme ! » Le subjonctif de souhait et le mot « cœur » annoncent le vrai sujet de la pièce : l’éducation et l’orgueil ont-ils tué l’enfant ? La question traverse la tirade de l’acte II et le dénouement, où Perdican se dira encore « enfant ». Blazius sort sur une note dérisoire (« l’écuelle est vide, je ne croyais pas avoir tout bu ») et sur des « phrases sans prétention » préparées « en trottant » : le pédant répète son discours.
Troisième mouvement : le portrait grotesque de dame Pluche
La seconde entrée est construite sur la première, mais inversée. À « Doucement bercé sur sa mule fringante » répond « Durement cahotée sur son âne essoufflé » : même structure (adverbe, participe passé, complément), chaque terme renversé. Doux devient dur, le bercement devient cahot, la mule fringante un âne essoufflé. Le comique naît de la répétition reconnue : le spectateur attend le second tableau et rit de le trouver point par point contraire au premier.
Le portrait est celui de la maigreur, contre la rondeur de Blazius : « ses longues jambes maigres », « ses mains osseuses ». Là où lui somnolait, ses jambes « trépignent de colère » ; là où il marmottait un Pater, elle « égratigne son chapelet » : la dévotion de Pluche est agressive, elle griffe même sa prière. Le salut achève la symétrie : Blazius arrivait « au temps de la vendange », Pluche « comme la fièvre, avec le vent qui fait jaunir les bois ». À l’automne généreux répond l’automne malade. Sa première réplique renverse enfin celle de Blazius : « Un verre d’eau, canaille que vous êtes ! un verre d’eau et un peu de vinaigre ! » L’eau et le vinaigre contre le vin, l’insulte contre « mes enfants », l’exclamation aigre contre la phrase ronde.
Quatrième mouvement : la symétrie et l’annonce de la pièce
Pluche, comme Blazius, annonce un élève : « la belle Camille, la nièce de votre maître, arrive aujourd’hui au château ». L’éloge est aussi excessif que celui de Perdican : « une glorieuse fleur de sagesse et de dévotion », puis la gradation « de si pur, de si ange, de si agneau et de si colombe », où des noms sont employés comme des adjectifs, jusqu’au mot familier « nonnain ». Perdican était un « diamant », Camille est une « fleur » ; l’un est présenté par son savoir, l’autre par sa vertu. Chaque gouverneur a façonné son élève à son image, et la pièce montrera ces deux éducations s’affronter ; l’éducation « terminée » dont se félicite Pluche est ce que Camille devra défaire pour aimer.
La scène se ferme sur le Chœur seul, dans son rôle antique de commentateur : « Mettons nos habits du dimanche ». La dernière phrase, « quelque joyeuse bombance est dans l’air d’aujourd’hui », annonce une fête, un mariage sans doute. C’est ce que promet la comédie ; le dénouement la démentira. L’exposition est doublement trompeuse : elle fait rire de deux marionnettes et laisse espérer une noce. La tournure prudente « Ou je me trompe fort, ou… » garde toutefois une place pour l’erreur.
Conclusion
La scène d’exposition remplit sa fonction (le lieu, le retour des deux cousins, leurs deux formations) tout en la tournant en jeu. Le Chœur antique devient une voix paysanne et moqueuse ; les deux messagers sont réduits à des corps, l’un rond et ivre, l’autre maigre et aigre. Pour le parcours « Les jeux du cœur et de la parole », le passage montre que, dès la première scène, la parole est un spectacle : Blazius prépare ses « phrases », Pluche récite sa litanie, et seul le vœu du Chœur, « retrouver l’enfant dans le cœur de l’homme », parle du cœur. La symétrie des deux portraits préfigure celle des deux cousins, chacun déformé par son éducation.
Ouverture. Dans Les Caprices de Marianne (1833), Musset confie le commentaire non à un chœur mais à Octave, personnage ironique qui parle pour son ami Cœlio et finit, lui aussi, devant un mort. Et face au chœur des tragédies grecques, témoin collectif qui chante la crainte et la pitié, celui de Musset prend la voix du village et de la farce, avant que Rosette, une fille de ce même village, ne meure.
Question de grammaire probable
Les comparaisons sont la piste la plus naturelle, tant elles structurent les deux portraits : « Comme un poupon sur l’oreiller, il se ballotte » (outil comme, comparaison placée en tête de phrase), « pareil à une amphore antique » (adjectif comparatif pareil à), « vous arrivez comme la fièvre ». On demandera d’identifier comparé, comparant, outil et point commun. Autre piste, les expansions du nom, très nombreuses dans les tableaux du Chœur : épithètes (« mule fringante », « longues jambes maigres »), participes employés comme épithètes (« vêtu de neuf »), compléments du nom (« fleur de sagesse et de dévotion »), subordonnées relatives (« le pauvre animal, qui hoche la tête »). Enfin, le subjonctif de souhait : « Puissions-nous retrouver l’enfant », « que le seigneur Dieu du ciel la conduise ! ».
Pour l’entretien
Si l’on vous demande à quoi sert le Chœur, répondez qu’il expose, commente et représente le village, c’est-à-dire le monde de Rosette, future victime des deux cousins. Si l’on vous demande pourquoi Musset caricature les gouverneurs, montrez que les deux portraits annoncent les deux éducations : Perdican est « docteur », Camille est « nonnain », et le savoir comme la dévotion serviront d’armes dans leur duel. Enfin, reliez cette exposition à la dernière scène : la « joyeuse bombance » annoncée ici finit par « Elle est morte. Adieu, Perdican ! », et c’est ce retournement qui fait du proverbe une tragédie.
Questions fréquentes
Qui sont maître Blazius et dame Pluche ?
Maître Blazius est le gouverneur de Perdican depuis ses quatre ans ; dame Pluche est la gouvernante de Camille. Ils arrivent tour à tour au château pour annoncer le retour de leurs élèves. Musset en fait deux caricatures opposées : le gros buveur et la maigre dévote.
Qu’est-ce que le Chœur dans On ne badine pas avec l’amour ?
Un groupe de villageois qui parle d’une seule voix, à la manière du chœur de la tragédie grecque. Mais chez Musset il est comique et familier : il offre du vin, se moque des arrivants et commente l’action en observateur.
Quels procédés citer dans la scène d’exposition ?
Le parallélisme des deux entrées (« Doucement bercé » / « Durement cahotée »), les comparaisons (« comme un poupon », « pareil à une amphore antique »), les éloges excessifs (« livre d’or », « fleur de sagesse ») et le vœu du Chœur, « retrouver l’enfant dans le cœur de l’homme ».
Où lire et écouter On ne badine pas avec l’amour gratuitement ?
La pièce se lit gratuitement et en intégralité sur Vinteuil, sans compte ; la version livre audio (extrait gratuit, intégrale avec Premium) permet d’entendre la première scène et les deux portraits du Chœur.
À lire aussi : préparer l’oral sur On ne badine pas avec l’amour, les sujets de dissertation, l’explication linéaire de la tirade de Perdican, l’explication linéaire du dénouement et la méthode de la lecture linéaire.

Avez-vous des questions ?
Nos experts vous répondent !
Connectez-vous pour poser votre question.
Se connecterChargement…