Zola l'a écrit juste après L'Assommoir, et volontairement à contre-emploi : après le scandale, il voulait « un livre d'intimité », sans foule, sans misère, sans gros mots. Une page d'amour, huitième des Rougon-Macquart, paraît en 1878. Il est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 9 heures et 11 minutes.

Trois personnages, un appartement

Hélène Grandjean, jeune veuve, vit à Passy avec sa fille Jeanne, onze ans, de santé fragile. Une nuit de crise, elle fait appeler un médecin du voisinage, le docteur Deberle. De là naît un attachement, puis un amour, dont la lenteur occupe tout le roman.

L'obstacle n'est pas le mari de l'autre, ni la société : c'est Jeanne. L'enfant, malade et exclusive, comprend avant sa mère ce qui se passe, et développe une jalousie qui prend la forme de ses crises. Chaque rapprochement des adultes déclenche une aggravation.

Zola construit ainsi un mécanisme implacable où l'amour d'une mère et son amour de femme s'excluent physiquement, et où l'enfant devient l'instrument de sa propre destruction.

Les cinq Paris

La particularité formelle du livre est célèbre : chacune de ses cinq parties se termine par une description de Paris vu depuis les hauteurs de Passy, à une saison et une heure différentes.

Ce ne sont pas des ornements. Le paysage change en fonction de l'état intérieur d'Hélène, et Zola s'y livre à un exercice de virtuosité qu'il assumait comme tel — cinq tableaux de la même ville, cinq états d'une âme. Ce sont les pages les plus travaillées du roman, et celles qui gagnent le plus à l'écoute.

Un Zola sans naturalisme apparent

Pas d'enquête sociale, pas de milieu documenté, presque pas de personnages secondaires. Le déterminisme est toujours là mais il est intérieur : l'hérédité nerveuse des Rougon-Macquart passe dans le corps de Jeanne, dont les crises sont décrites avec une précision médicale.

C'est le volume que les lecteurs de Zola oublient, et celui qu'on recommande à ceux qui le croient incapable de finesse. Pour la suite du cycle, voir Nana et La Faute de l'abbé Mouret.