La dernière pièce de Molière repose sur une distribution très nette : d'un côté ceux qui profitent de la maladie d'Argan, de l'autre ceux qui tentent de l'en guérir.

Argan, le malade qui ne l'est pas

Il ouvre la pièce seul, en vérifiant les factures de son apothicaire, et le comptage à voix haute des lavements donne immédiatement le ton.

Le point à comprendre : sa maladie imaginaire est un instrument de pouvoir. Elle lui permet d'exiger l'attention permanente de sa maison, de justifier ses colères, et de marier sa fille à un médecin pour disposer de soins gratuits. Il n'est pas seulement ridicule, il est tyrannique.

Toinette, qui mène tout

La servante est le moteur de l'intrigue. Elle contredit Argan en face, se déguise en médecin de passage pour ridiculiser la profession, et organise la fausse mort qui démasquera Béline.

C'est le type même de la suivante de comédie — plus lucide que ses maîtres, protégée par son statut subalterne qui lui permet de tout dire.

Béline, la belle-mère

Seconde épouse d'Argan, elle joue l'épouse dévouée, le cajole, le plaint, et attend sa mort pour hériter. La scène où elle se croit veuve, et où elle exulte, la démasque en trois répliques.

Angélique et Cléante

Angélique, la fille, aime Cléante et refuse le mariage arrangé. Elle est plus ferme qu'il n'y paraît : elle affronte son père directement.

Cléante s'introduit dans la maison sous un déguisement de maître de musique, et le couple se déclare son amour au cours d'un faux impromptu chanté devant Argan qui ne comprend rien — l'une des meilleures scènes de la pièce.

Les Diafoirus

Monsieur Diafoirus vante son fils en expliquant qu'il n'a jamais eu d'imagination, qu'il s'attache à l'opinion des anciens et refuse toute découverte nouvelle. En 1673, cela vise la Faculté de Paris et son opposition à la circulation du sang.

Thomas Diafoirus récite sa déclaration d'amour comme une leçon apprise, offre à sa fiancée une thèse imprimée et propose de l'emmener voir une dissection.

Béralde, et la petite Louison

Béralde, frère d'Argan, tient le discours de bon sens sur la médecine et sur la nature. Comme tous les raisonneurs de Molière, il ne convainc personne.

Louison, la petite sœur d'Angélique, apparaît dans une seule scène — Argan veut la faire parler et menace de la fouetter, elle feint de mourir de peur. Scène brève, souvent coupée, et pourtant révélatrice de ce qu'est cette maison.

Pour l'analyse complète, voir notre analyse du Malade imaginaire.