Le Malade imaginaire est la dernière pièce de Molière, créée en février 1673. C'est une comédie-ballet, donc un spectacle mêlant texte, musique et danse — et c'est aussi la pièce où il est mort, ce qui a durablement brouillé sa lecture.

L'intrigue

Argan se croit malade. Il ne l'est pas, mais il vit entouré de médecins, d'apothicaires, de lavements et de factures qu'il relit avec délectation. Pour s'assurer des soins gratuits à vie, il veut marier sa fille Angélique au jeune Thomas Diafoirus, fils de médecin et médecin lui-même — un pédant intégral qui récite sa déclaration d'amour comme une leçon apprise.

Angélique aime Cléante. Sa belle-mère Béline, qui joue les épouses dévouées, attend en réalité la mort d'Argan pour hériter. Toinette, la servante, mène la contre-attaque : elle se déguise en médecin de passage, diagnostique n'importe quoi avec aplomb, et organise une fausse mort d'Argan qui démasque Béline en un instant.

La pièce se termine par une cérémonie burlesque où l'on fait d'Argan lui-même un médecin, dans un latin de fantaisie — puisqu'il ne peut se passer de la médecine, autant qu'il l'incarne.

Ce que Molière attaque exactement

Pas la maladie, ni même les malades : la médecine comme cérémonie. Ses médecins ne soignent pas, ils parlent latin, citent des autorités et exécutent des rituels. Diafoirus père vante son fils en expliquant qu'il n'a jamais changé d'avis et qu'il refuse toute découverte nouvelle — ce qui, en 1673, vise la Faculté de Paris dans son opposition à la circulation du sang.

L'autre cible est l'hypocondrie comme pouvoir. Argan tyrannise sa maison avec sa maladie. Il oblige tout le monde à s'occuper de lui, transforme son affection en monnaie d'échange, et se sert de sa fille pour sécuriser son confort. La comédie est légère, le mécanisme familial ne l'est pas.

Béralde, le frère d'Argan, joue le rôle du raisonneur : il expose le point de vue de bon sens, sans convaincre personne. C'est une constante chez Molière — le personnage qui a raison n'a jamais le dernier mot.

La mort en scène, et ce qu'on en raconte

Molière tenait le rôle d'Argan. Le 17 février 1673, à la quatrième représentation, il est pris de convulsions pendant la cérémonie finale, termine la pièce, et meurt quelques heures plus tard chez lui. Il n'a pas expiré sur les planches, contrairement à la légende ; il n'a pas non plus reçu les derniers sacrements, deux prêtres ayant refusé de se déplacer, ce qui explique son enterrement de nuit.

La coïncidence est trop belle pour ne pas peser sur la lecture : le comédien qui se moquait des médecins meurt en jouant un homme qui se croyait mourant. Il faut résister à la tentation d'y lire une prophétie — Molière était réellement malade depuis des années, et il avait écrit le rôle en tenant compte de sa toux.

Pour le lycée

Les axes les plus fréquents : la satire de la médecine, le comique de répétition et de gestes, le rôle de la servante comme moteur de l'intrigue, et la comédie-ballet comme forme de spectacle total. Notre biographie de Molière replace la pièce dans ses dernières années, et le guide du commentaire composé donne la méthode d'analyse d'une scène.