Publié en 1887, entre Bel-Ami et Pierre et Jean, Mont-Oriol est le Maupassant qu'on oublie. Il est disponible chez nous en livre audio intégral, dans une version de 7 heures et 3 minutes.

Deux romans en un

Le premier est une comédie financière. En Auvergne, un paysan fait sauter un rocher sur ses terres et découvre une source. Le banquier Andermatt, en cure dans la station voisine, comprend immédiatement ce qu'il peut en tirer et monte une société pour créer un établissement thermal concurrent.

Maupassant décrit alors, avec une joie mauvaise, la fabrication d'une station : l'achat des terrains aux paysans qui ne comprennent pas ce qu'ils vendent, les médecins recrutés qui certifient les vertus de l'eau, la mise en scène des guérisons, la publicité. C'est du Zola en plus rapide et en plus drôle.

Le second roman est une histoire d'amour. Christiane, la femme d'Andermatt, s'éprend de Paul Brétigny, jeune homme exalté. Ils vivent une passion qui occupe la moitié du livre.

Le point où les deux se rejoignent

Christiane tombe enceinte. Et Brétigny, qui l'adorait, se détache — physiquement, immédiatement, sans pouvoir s'en empêcher. Maupassant décrit ce retournement avec la froideur d'un naturaliste : le corps de la femme aimée change, et le désir s'éteint.

C'est là que les deux intrigues se rejoignent. La source, la station, l'enfant, l'amour : tout est traité comme un capital qui se valorise ou se déprécie. Andermatt spécule sur l'eau, Brétigny spécule sur une femme, et l'un comme l'autre encaissent leur bénéfice puis passent à autre chose.

Pourquoi le lire

Pour la satire des villes d'eaux, qui n'a pas pris une ride : les cures miracles, les médecins qui se disputent les patients, les statistiques arrangées. Et pour la scène finale, où Christiane comprend tout d'un seul coup, sans une phrase de commentaire de l'auteur.

Sept heures d'écoute, un rythme moins tendu que ses nouvelles. Pour découvrir Maupassant, mieux vaut commencer par Boule de Suif ou Une vie ; Mont-Oriol est pour ceux qui ont déjà fait le tour des grands titres.