Une vie est le premier roman de Maupassant, publié en 1883 alors qu'il n'est encore connu que comme nouvelliste. Le sous-titre d'origine — « l'humble vérité » — dit tout le programme : raconter une existence entière sans événement remarquable, et montrer que c'est déjà une tragédie.
Le roman est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 6 heures et 31 minutes.
Le résumé, sans abîmer la lecture
Jeanne Le Perthuis des Vauds sort du couvent à dix-sept ans, dans une Normandie de bord de mer, avec la tête pleine de ce qu'on lui a promis. Elle épouse le vicomte Julien de Lamare, qui se révèle avare, brutal et infidèle — d'abord avec la servante Rosalie, puis avec la comtesse voisine. Le mariage se défait. Jeanne reporte tout sur son fils Paul, qui grandit, part, s'endette et la ruine.
À la fin, ruinée, vieillie, Jeanne se retrouve avec Rosalie, l'ancienne servante trahie, devenue la seule personne solide de son existence. C'est Rosalie qui prononce la dernière phrase du livre, l'une des plus célèbres de Maupassant : « La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit. »
Ce que Maupassant fabrique ici
Le roman n'a pas d'intrigue au sens ordinaire : il n'y a pas de nœud, pas de coup de théâtre, pas de révélation. Il y a un défilement. Maupassant construit son livre sur la répétition des saisons et des retours au château des Peuples, et chaque retour trouve un peu moins de choses qu'au précédent.
L'autre force du livre est son refus de la sentimentalité. Jeanne n'est pas une héroïne : elle est passive, crédule, incapable d'agir, et Maupassant ne la sauve jamais par un beau geste. Il ne la condamne pas non plus. Il regarde ce que l'éducation d'une jeune fille de son rang produit — une femme sans aucun moyen de résister à ce qui lui arrive — et il laisse le lecteur en tirer la conclusion.
Tolstoï, qui n'aimait pourtant pas grand-chose de la littérature française de son temps, tenait Une vie pour le meilleur roman français depuis Les Misérables. Ce n'est pas rien.
Où le situer chez Maupassant
Trois ans plus tôt, Boule de Suif l'avait rendu célèbre en quelques semaines. Trois ans plus tard, Bel-Ami ferait de lui le romancier de l'arrivisme parisien. Une vie est entre les deux, et il est plus proche de Flaubert que de tout le reste de son œuvre — Flaubert, qui l'avait formé phrase par phrase, était mort trois ans avant la publication.
Notre biographie de Maupassant retrace cette filiation, qui explique l'essentiel de sa manière.
Pour le lycée
C'est un roman souvent donné en lecture cursive, et il s'y prête : la langue est limpide, les chapitres sont courts, aucun passage n'exige de note de bas de page. Les axes qui reviennent le plus souvent sont le naturalisme et le déterminisme social, la condition féminine au XIXe siècle, et la structure cyclique du roman. La méthode générale est détaillée dans notre guide de la dissertation littéraire.
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