Deux textes réunis en un volume, écrits à vingt-deux ans d'écart, et qui se répondent mieux que bien des recueils construits. Ils sont disponibles en lecture intégrale et en livre audio de 4 heures et 20 minutes.

Sido, ou le portrait d'une mère

Publié en 1930, Sido est composé de trois parties. La première est consacrée à Sidonie Landoy, la mère de Colette, qui donne son nom au livre. La deuxième au capitaine, ce père amputé d'une jambe qui écrivait des livres dont toutes les pages sont restées blanches. La troisième aux « sauvages », c'est-à-dire aux frères et sœur.

Sido n'est pas une mère au sens ordinaire du portrait littéraire. C'est une figure d'attention : elle guette l'éclosion d'un cactus, refuse une invitation pour ne pas manquer une chrysalide, sait à l'odeur ce que fera le temps. Colette en fait moins un personnage qu'une méthode de regard, celle qu'elle revendique pour elle-même.

Le livre est aussi une reconstruction. Colette écrit à cinquante-sept ans, longtemps après la mort de sa mère, et l'on sent qu'elle fabrique autant qu'elle se souvient. C'est ce qui le rend intéressant : le texte ne prétend pas à l'exactitude, il cherche une vérité de sensation.

Les Vrilles de la vigne

Le recueil est bien antérieur, il date de 1908, au moment où Colette sort du mariage avec Willy et gagne sa vie au music-hall. Ce sont des proses courtes, très différentes les unes des autres : dialogues avec ses animaux, souvenirs, notations de saison, textes presque abstraits.

Le premier donne son titre à l'ensemble et sa clé. Un rossignol s'endort dans la vigne ; les vrilles poussent pendant la nuit et le ligotent ; il ne se libère qu'en chantant, et depuis, pour ne plus jamais être pris, il chante toute la nuit. C'est une fable sur l'écriture comme moyen de ne pas être enfermé.

Ce qui relie les deux

Une même attention au monde physique — les odeurs, la lumière, les bêtes, les plantes — traitée avec une précision qui n'a rien de la rêverie. Colette nomme. Elle sait le nom des fleurs, la texture d'une écorce, l'heure exacte à laquelle une odeur change.

C'est cette qualité de langue qui a fait sa réputation, et qui explique qu'on lise encore ces textes alors que les romans de sa jeunesse ont vieilli.

Écouter ces textes

Ils s'y prêtent particulièrement, parce qu'il n'y a pas d'intrigue à suivre : chaque fragment se tient seul, entre cinq et quinze minutes. On peut en écouter un le matin et reprendre trois jours plus tard sans avoir rien perdu.

Précision utile pour les lycéens : ces textes ont figuré au programme du baccalauréat de français il y a quelques années, mais ils ne font pas partie des œuvres au programme 2027 — la liste en vigueur est détaillée sur notre page du bac de français 2027.

Pour le versant romanesque de Colette, voir notre analyse de Chéri.