Publié en 1923, Le Blé en herbe a fait scandale au point que sa parution en feuilleton dans Le Matin a été interrompue. Il est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 2 heures et 44 minutes.

Deux enfants qui cessent de l'être

Philippe et Vinca, seize et quinze ans, passent leurs vacances en Bretagne comme chaque année, dans deux familles qui se fréquentent depuis toujours. Ils se connaissent depuis l'enfance et se considèrent comme promis l'un à l'autre sans avoir eu à le dire.

Cet été-là, quelque chose se déplace. Ils se disputent, se blessent, ne savent plus quoi faire de leurs corps. Colette décrit cet état avec une précision presque clinique : l'irritation permanente, la maladresse, l'incapacité à nommer.

Puis Philippe rencontre une femme, madame Dalleray, « la dame en blanc », qui l'observe, l'invite, et fait de lui son amant.

Ce qui a choqué

Moins l'adultère — il n'y en a pas — que le fait de traiter le désir adolescent sans le condamner, et de montrer une femme adulte initiant un garçon de seize ans. En 1923, cela ne se faisait pas dans un journal du matin.

Ce que le livre fait vraiment est plus intéressant que le scandale : il montre un déséquilibre. Philippe apprend quelque chose que Vinca n'a pas, et ce savoir les sépare. La dernière partie, où Vinca reprend l'initiative, retourne complètement la situation — et Colette n'accorde à personne le confort d'une conclusion.

La langue

C'est la raison principale de lire ce livre. La mer, le vent, les rochers, la lumière d'août, le goût du sel : Colette écrit les sensations physiques comme personne, et le roman entier repose sur cette matière plutôt que sur l'intrigue.

Moins de trois heures d'écoute, chapitres courts. Pour les autres textes de Colette, voir notre analyse de Chéri et celle de Sido et Les Vrilles de la vigne.