Après le procès de Madame Bovary, Flaubert a voulu écrire l'exact opposé : plus de province normande, plus de bourgeois, plus de présent. Salammbô paraît en 1862 et déroute tout le monde. Notre version intégrale dure 11 heures et 8 minutes : l'écoute complète, et le texte est disponible en lecture intégrale.

Le sujet

Carthage, au IIIe siècle avant notre ère. La cité, victorieuse mais ruinée, ne peut plus payer les mercenaires qui ont combattu pour elle. Ils se révoltent. Suit une guerre d'extermination de trois ans, historiquement attestée, que Polybe qualifiait de plus atroce qu'on eût jamais vue.

Au milieu, Salammbô, fille d'Hamilcar, prêtresse de la déesse Tanit, et Mâtho, chef mercenaire qui vole le voile sacré de la cité — le zaïmph — et tombe amoureux d'elle.

Un livre sans personne à qui s'attacher

C'est la difficulté, et il faut le savoir avant de commencer. Flaubert ne donne à aucun personnage une psychologie moderne. Salammbô n'a pas de vie intérieure au sens où Emma Bovary en a une ; elle est une fonction religieuse. Mâtho est une force. Hamilcar est un calcul.

Ce que Flaubert veut faire voir, c'est une civilisation entière — ses dieux, ses sacrifices d'enfants, ses machines de guerre, ses banquets, ses supplices. Il avait lu tout ce qui existait et fait le voyage en Tunisie.

Sainte-Beuve lui a reproché d'avoir écrit un livre où l'on ne comprend rien et où personne n'est humain. Flaubert lui a répondu longuement, et la polémique vaut d'être connue.

Pourquoi l'écoute lui va bien

Parce que le roman est fait de grandes scènes visuelles et sonores : le défilé, le siège, l'aqueduc, la bataille des éléphants, le supplice final. Écouté, cela devient une fresque continue, et l'absence d'intrigue psychologique cesse d'être un obstacle.

Onze heures, chapitres longs et amples. Ce n'est pas un premier Flaubert — commencez plutôt par Trois contes, moins de trois heures — mais c'est le plus spectaculaire.

Voir notre analyse de Salammbô.