Ruy Blas, créé en novembre 1838, est le drame romantique le plus réussi de Hugo et le plus joué aujourd'hui. Il tient sur une seule idée, énoncée par l'auteur lui-même : « un ver de terre amoureux d'une étoile ». Le texte est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 3 heures et 2 minutes.

L'intrigue

Espagne, fin du XVIIe siècle. Don Salluste, grand d'Espagne, vient d'être banni de la cour par la reine. Il prépare sa vengeance et se sert pour cela de son laquais, Ruy Blas, dont il découvre qu'il aime secrètement la souveraine.

Salluste le fait passer pour son propre cousin, Don César de Bazan, noble disparu. Sous ce nom, Ruy Blas entre à la cour, devient l'homme de confiance de la reine, puis premier ministre — et gouverne bien. C'est la trouvaille de Hugo : le valet fait un meilleur ministre que les grands seigneurs.

Salluste revient au dernier acte réclamer le prix de sa manœuvre : humilier la reine en la faisant surprendre avec un laquais. Ruy Blas le tue, avoue tout, et s'empoisonne. La reine lui rend son nom au moment où il meurt.

L'acte III, scène 2

C'est le morceau que tout le monde étudie. Ruy Blas, devenu ministre, surprend le conseil en train de se partager les provinces de l'Espagne, et prononce le grand monologue qui commence par « Bon appétit, messieurs ! Ô ministres intègres ! ».

La tirade fait plus de cent vers et fonctionne comme un réquisitoire politique : Hugo y parle de l'Espagne de 1699 et de la France de 1838 en même temps. C'est le sommet du drame et l'un des sommets de son théâtre — un domestique reprochant à des nobles de piller l'État.

Ce que le drame romantique fait ici

Ruy Blas applique le programme de la préface de Cromwell : mélange des registres, alexandrin disloqué, refus des unités classiques. Le personnage de Don César, bandit truculent qui traverse le quatrième acte comme une farce en plein drame, existe pour cela — Hugo tient à ce que le grotesque coexiste avec le sublime dans la même pièce.

C'est aussi une pièce sur la place sociale. Ruy Blas ne triche pas sur ses capacités, seulement sur son nom ; le drame vient de ce que la société ne peut pas admettre l'un sans l'autre. La question posée en 1838 était brûlante, et la réponse de Hugo n'est pas rassurante : il fait mourir son héros.

Pour le lycée et pour l'écoute

Trois heures, c'est court, et le théâtre en vers gagne beaucoup à être entendu : l'alexandrin de Hugo est fait pour la voix, et ses effets de rythme sont invisibles à l'œil pressé. Écoutez d'abord, relisez ensuite l'acte III pour l'explication de texte.

Axes fréquents : le héros romantique et la fatalité sociale, le mélange du sublime et du grotesque, la dimension politique. Voir aussi notre biographie de Victor Hugo et notre panorama du théâtre classique, contre lequel le drame romantique s'est construit.