Le déroulé complet du récit publié par André Gide en 1902, celui qui a fait de lui un cas moral avant d'en faire un classique. Le texte est disponible en lecture intégrale et en livre audio, 3h23 d'écoute.
Ce résumé raconte la fin.
Le cadre
Michel a réuni trois amis d'enfance dans une maison isolée du sud de l'Algérie. Il leur raconte sa vie d'une traite, la nuit entière. Tout le livre est ce récit, et la question qu'il pose à ses amis à la fin — que faire de moi ? — reste sans réponse.
Première partie : la maladie
Michel est un jeune érudit, spécialiste des textes anciens, élevé dans les livres et la morale austère de son père. À la mort de celui-ci, il épouse Marceline presque par obéissance, sans amour, et part en voyage de noces vers l'Afrique du Nord.
À Biskra, il crache le sang. La tuberculose le met à terre. Marceline le soigne, et pendant des semaines il ne fait rien d'autre que survivre, respirer, guetter le retour de ses forces.
C'est là que le livre bascule. La convalescence devient une découverte : Michel s'aperçoit qu'il aime son corps, le soleil, la peau, la santé physique — tout ce que son éducation lui avait appris à mépriser. Des enfants arabes viennent jouer dans sa chambre. Il les regarde avec une intensité que Gide ne nomme jamais mais que le lecteur comprend parfaitement.
Deuxième partie : la libération
Guéri, Michel rentre en France avec Marceline, désormais enceinte. Il essaie de reprendre sa vie savante et n'y arrive plus. Ses cours l'ennuient. Il se réfugie dans sa propriété normande de La Morinière, où il se lie avec Ménalque, un homme libre et provocant qui formule à voix haute ce que Michel pense tout bas : il faut se débarrasser de tout ce qu'on nous a appris.
Michel commence alors une double vie discrète et méthodique. Il traîne la nuit avec les braconniers qui volent son propre domaine, prend plaisir à les protéger, se laisse voler en connaissance de cause. Il vend la propriété.
Pendant ce temps Marceline fait une fausse couche, puis contracte à son tour la maladie dont il a guéri.
Troisième partie : la chute
Le mouvement s'inverse avec une cruauté parfaite. C'est maintenant Marceline qui est mourante, et Michel qui l'entraîne — vers la Suisse, l'Italie, puis à nouveau vers le sud, vers Biskra, vers le soleil qui l'a sauvé lui.
Chaque étape l'épuise davantage. Michel le sait. Il continue, parce qu'il ne peut plus vivre ailleurs et qu'il ne renoncera pas à sa liberté neuve pour une malade. Marceline meurt à Touggourt.
Michel reste seul dans le désert, libre de tout, et incapable de faire quoi que ce soit de cette liberté. Il fait venir ses amis pour qu'ils l'arrachent à cet endroit. Le livre s'arrête sans qu'on sache s'ils y parviendront.
Ce qu'il faut savoir
Gide a passé sa vie à répéter que Michel n'était pas lui et que le livre n'était pas une apologie. Il a écrit dans sa préface qu'il n'avait voulu faire ni acte d'accusation ni plaidoyer, et qu'il se gardait de conclure. Le récit est bâti pour ça : Michel se raconte lui-même, personne ne le juge, et le lecteur est laissé seul avec un homme qui a gagné sa liberté en tuant sa femme sans jamais lever la main sur elle.
C'est le pendant exact de La Porte étroite, que Gide publiera sept ans plus tard sur le renoncement absolu — les deux livres se répondent comme deux excès inverses.
Le roman se prête bien à l'écoute : le récit est à la première personne, d'un seul tenant, sans intrigue secondaire. Notre version audio de L'Immoraliste détaille le découpage. Les autres titres d'André Gide disponibles sont réunis sur sa page.
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