Gide a écrit une quinzaine de livres et n'en a appelé qu'un seul « roman » : Les Faux-monnayeurs, paru en 1925. Tout le reste, pour lui, était récit, sotie ou journal. Il est disponible chez nous en livre audio intégral, dans une version de 9 heures et 15 minutes.
Le dispositif
Le livre suit une dizaine de personnages sans en privilégier aucun. Bernard Profitendieu découvre par hasard qu'il est un enfant illégitime et quitte sa famille. Son ami Olivier Molinier hésite entre lui et le romancier mondain Passavant. Édouard, oncle d'Olivier, écrivain, tient un journal.
Et Édouard travaille à un roman intitulé Les Faux-monnayeurs.
C'est la mise en abyme la plus célèbre de la littérature française — Gide avait employé le terme dès 1893, emprunté à l'héraldique. Le lecteur lit un roman qui contient le journal d'un homme qui écrit le même roman et qui explique pourquoi il n'y arrive pas.
Ce que Gide refuse
Il l'écrit dans son Journal des Faux-monnayeurs, publié à part : il voulait un livre « qui ne raconte pas directement », débarrassé de tout ce que le roman du XIXe siècle avait accumulé — descriptions, psychologie explicative, narrateur qui sait tout.
D'où la construction en éclats : scènes juxtaposées, changements de point de vue, lettres, extraits de journal, et un narrateur qui intervient au milieu du livre pour avouer qu'il ne sait pas ce que ses personnages vont faire. C'est ce refus qui a fait des Faux-monnayeurs une matrice du roman moderne.
La fausse monnaie
Le titre a deux sens et Gide joue des deux. Il y a une véritable affaire de pièces fausses, dans laquelle des adolescents se trouvent impliqués. Et il y a tout le reste : les sentiments empruntés, les vocations jouées, les convictions héritées sans examen. Chaque personnage fait circuler quelque chose qu'il n'a pas vérifié.
Le fil le plus sombre est celui du petit Boris, entraîné dans une société secrète d'écoliers, et il aboutit à une scène finale que Gide a reprise d'un fait divers réel. Il n'y a aucune consolation à la dernière page.
Par où entrer chez Gide
Pas par celui-ci, si vous le découvrez : c'est le plus complexe. Commencez par L'Immoraliste, trois heures et demie, ou par La Symphonie pastorale, plus courte encore. Les Faux-monnayeurs se lisent mieux quand on connaît déjà la manière de l'auteur — et la façon dont il aime piéger ses narrateurs.
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