Il faut prévenir : ce livre qu'on donne aux enfants est l'un des plus durs de la littérature française. Poil de Carotte, publié en 1894, est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 2 heures et 51 minutes.

Ni roman, ni recueil

Le texte est fait de scènes brèves, parfois d'une page, sans progression narrative : on n'y suit pas une histoire, on assiste à une série d'humiliations. François Lepic, surnommé Poil de Carotte à cause de ses cheveux roux et de ses taches de rousseur, est le dernier des trois enfants et celui que sa mère a décidé de ne pas aimer.

Chaque scène montre le même mécanisme : on lui confie la corvée, on rit de lui, on retourne contre lui ce qu'il dit. Le père se tait. Le frère et la sœur suivent le mouvement, parce qu'il est plus confortable d'être du côté qui frappe.

La cruauté du procédé

Jules Renard n'explique jamais. Il n'y a pas de narrateur qui commente, pas de morale, pas de scène où quelqu'un prend la défense de l'enfant. Les faits sont posés dans une langue sèche, souvent drôle, et c'est cette drôlerie qui rend le livre insupportable — le lecteur rit, puis se demande de quoi il a ri.

La dédicace donne le ton : « Tout le monde ne peut pas être orphelin. »

Le point le plus dérangeant est que l'enfant apprend. Il devient menteur, calculateur, cruel à son tour avec les bêtes et avec plus faible que lui. Renard montre la fabrication d'un caractère par la maltraitance, sans le dire.

Autobiographie

Le livre est très largement le sien. Renard a écrit dans son Journal des phrases sur sa mère qu'aucun éditeur d'aujourd'hui ne laisserait passer sans note. Il tirera de Poil de Carotte une pièce en 1900, où il ajoute une scène de réconciliation entre le père et le fils — celle que le livre refusait.

À qui le proposer

Il est au programme de nombreux collèges, et il y fonctionne, à condition de ne pas le vendre comme une histoire amusante. Les axes habituels : le récit d'enfance, la construction fragmentaire, l'ironie et le décalage entre le ton léger et le fond, et la famille comme lieu de violence ordinaire.

Trois heures d'écoute, en chapitres de trois à cinq minutes : le format se prête à l'écoute fractionnée, et la voix accentue le contraste entre la légèreté de la phrase et ce qu'elle raconte.