Une heure et demie pour le recueil qui fait basculer la poésie française dans le XXe siècle. Alcools, publié en 1913, est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 1 heure et 27 minutes.

La décision qui change tout

Apollinaire supprime toute la ponctuation sur les épreuves, au dernier moment. Son explication est restée : le rythme et la coupe des vers suffisent à ponctuer.

Ce n'est pas une coquetterie. Sans ponctuation, une même suite de mots peut se rattacher à ce qui précède ou à ce qui suit, et le poème devient ambigu par construction. C'est exactement pour cette raison que l'écoute est précieuse : la voix doit choisir, et chaque lecture propose une interprétation.

Les poèmes à connaître

Zone ouvre le recueil et fut écrit en dernier. Le poème passe de la tour Eiffel aux hangars de Port-Aviation, mêle les avions, les affiches, les émigrants et le Christ, et alterne le « je » et le « tu » comme si le poète se parlait à lui-même. C'est le manifeste de la modernité poétique.

Le Pont Mirabeau, le plus célèbre, sur la fin de la liaison avec Marie Laurencin. Sa forme est ancienne — un refrain, une eau qui coule, un amour perdu —, et c'est ce contraste avec Zone qui fait la richesse du recueil : Apollinaire est moderne sans rompre avec la tradition.

La Chanson du mal-aimé, Les Colchiques, Nuit rhénane, Automne malade complètent l'essentiel.

Un recueil composé sur quinze ans

Les poèmes s'échelonnent de 1898 à 1913 et l'ordre du livre n'est pas chronologique. Apollinaire a mélangé volontairement les périodes, plaçant le plus récent en tête.

Le titre, enfin, dit ce que le recueil cherche : l'ivresse comme état poétique, ce qui brûle et ce qui reste. Le dernier poème s'intitule Vendémiaire, mois des vendanges.

Pour le lycée

Axes fréquents : la modernité poétique et l'entrée de la ville et de la technique en poésie, la suppression de la ponctuation et ses effets, le lyrisme amoureux et la mémoire, et la tension entre tradition et rupture.

Une heure et demie, c'est le recueil entier en un trajet — et un texte qu'il faut absolument entendre avant de l'analyser.