Publié en 1788, un an avant la Révolution, Paul et Virginie a été l'un des plus grands succès de librairie de son siècle et a fait pleurer l'Europe entière. Il est disponible chez nous en livre audio intégral, dans une version de 4 heures et 42 minutes.
L'histoire
À l'Île de France — aujourd'hui l'île Maurice —, deux femmes abandonnées par la société élèvent ensemble leurs enfants dans un vallon isolé. Paul et Virginie grandissent sans école, sans argent, sans convention, dans une nature décrite avec une précision de botaniste : Bernardin de Saint-Pierre avait réellement vécu sur l'île comme ingénieur.
Ils s'aiment sans savoir de quel amour. Puis une tante fortunée fait venir Virginie en France pour lui donner une éducation et une dot. Elle en revient trois ans plus tard, sur le Saint-Géran.
Le navire fait naufrage en vue de la côte, devant toute la population. Un marin propose de sauver Virginie à condition qu'elle se dévête pour nager. Elle refuse, et se noie.
Ce que cette fin veut dire
C'est la scène qui a fait la fortune du livre et qui embarrasse aujourd'hui. Bernardin la présente comme un sommet de pudeur et de vertu ; on peut aussi la lire comme la démonstration exacte de sa thèse — la société tue. Virginie ne meurt pas de la mer, elle meurt d'une bienséance apprise en France, dans le monde d'où on l'a fait revenir.
Le roman est disciple de Rousseau, et son propos est simple : l'état de nature rend heureux, la civilisation corrompt et sépare. Tout le récit est construit pour amener cette conclusion.
Un livre charnière
Historiquement, c'est un texte de passage. Il garde du XVIIIe siècle la démonstration morale et le goût de l'exotisme, et il annonce le romantisme par le sentiment, le paysage vécu comme état d'âme, la mort de la jeune fille pure.
Il faut aussi savoir ce qu'il ne dit pas. Le vallon idyllique repose sur le travail de deux esclaves, Domingue et Marie, que le roman traite avec bienveillance sans jamais remettre l'esclavage en cause — alors que Bernardin de Saint-Pierre l'avait dénoncé ailleurs. C'est une tension que la lecture scolaire mentionne rarement et qui mérite de l'être.
Quatre heures et demie
Le texte est court, écrit dans une langue simple et très musicale, avec un narrateur qui raconte à un voyageur de passage. C'est une forme de conte, faite pour être dite — le format audio lui convient particulièrement.
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