Il faut d'abord défaire une idée reçue : Le Roman de Renart n'est pas un roman, et personne ne l'a écrit. C'est un ensemble de récits en vers octosyllabiques, appelés branches, composés par des auteurs différents entre la fin du XIIe et le XIIIe siècle. Notre version audio dure 6 heures et 10 minutes : l'écoute intégrale.

Le bestiaire

Renart le goupil est un baron. Ysengrin le loup est son oncle et sa victime préférée. Au-dessus, Noble le lion tient sa cour, avec Brun l'ours, Tibert le chat, Chantecler le coq, Belin le mouton — tous nommés, tous titrés, tous soumis à un droit féodal qu'ils invoquent constamment.

C'est ce sérieux juridique qui fait le comique. Renart vole, ment, viole et humilie, puis il est convoqué devant la cour, plaide, obtient des délais, jure sur des reliques, et repart libre.

Une parodie

Les branches détournent systématiquement les formes nobles de leur temps : la chanson de geste, le roman courtois, le procès, le duel judiciaire, la croisade. Renart part en pèlerinage, Renart se fait moine, Renart est jugé pour le viol de la louve Hersent avec toute la procédure d'un tribunal réel.

Les épisodes les plus connus sont d'une drôlerie qui a traversé huit siècles : le vol des anguilles sur la charrette des marchands, la pêche à la queue d'Ysengrin dans un étang gelé — qui finit exactement comme on l'imagine —, et Renart tombé au fond d'un puits qui persuade le loup de descendre le rejoindre en lui promettant le paradis.

Un mot que le livre a créé

En ancien français, l'animal s'appelait le goupil. Renart n'était qu'un prénom propre, d'origine germanique. Le succès des branches a été tel que le nom du personnage a fini par remplacer le nom commun : c'est pour cette raison que nous disons aujourd'hui un renard. Peu d'œuvres littéraires peuvent en dire autant.

Pour le collège

L'œuvre est au programme de cinquième, dans le cadre de la littérature du Moyen Âge. Les axes les plus fréquents : la satire de la société féodale, les procédés du comique, la ruse comme valeur face à la force, et la comparaison avec la fable — La Fontaine reprendra plusieurs de ces épisodes.

L'écoute convient très bien à ce texte, qui vient d'une tradition orale : les branches étaient dites, pas lues, et elles sont courtes, autonomes, faites pour être entendues une par une.