La Religieuse est un roman que Diderot n'a jamais publié de son vivant, écrit en 1760 et paru en 1796, douze ans après sa mort. C'est aussi le plus violent de ses textes. Il est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 5 heures et 44 minutes.

Un roman né d'une farce

L'origine est invraisemblable et vraie. Diderot et ses amis voulaient faire revenir à Paris le marquis de Croismare, parti dans sa province. Sachant qu'il s'était intéressé au cas d'une religieuse demandant l'annulation de ses vœux, ils lui firent parvenir de fausses lettres signées d'une religieuse en fuite implorant son secours.

Le marquis s'émut, proposa de la recueillir, écrivit. Diderot dut répondre, inventer une histoire cohérente, puis faire mourir sa correspondante pour arrêter la mystification. Il avait entre les mains un roman entier, qu'il reprit et développa.

L'histoire de Suzanne

Suzanne Simonin est placée au couvent par ses parents, non par vocation, mais parce qu'elle est née d'un adultère et coûte une dot que sa mère refuse de payer. Elle prononce des vœux qu'elle rejette publiquement, puis entame une procédure en nullité qu'elle perd.

Suivent trois établissements et trois régimes. À Longchamp, une supérieure sadique organise contre elle une persécution collective — isolement, privations, humiliations rituelles — décrite avec une précision insoutenable. À Sainte-Eutrope, la supérieure lui témoigne au contraire un attachement dont Suzanne, narratrice ingénue, ne comprend pas la nature, ce qui est le procédé le plus habile du livre.

Ce que Diderot attaque

Pas la foi : les vœux forcés. Son argument est constant et il est philosophique — un engagement contraire à la nature, pris sans consentement réel, ne peut produire que du malheur ou de la perversion. Le couvent n'est pas condamné parce qu'il est religieux, mais parce qu'il est une prison où l'on enferme les filles dont les familles ne veulent pas.

Le choix du roman-mémoires sert exactement cela. Suzanne raconte à la première personne, s'adresse au marquis, ne comprend pas toujours ce qu'elle décrit. Le lecteur voit par-dessus son épaule et conclut à sa place — c'est plus efficace qu'un traité, et Diderot le savait.

Pour le lycée

Axes fréquents : la critique des institutions au siècle des Lumières, le roman-mémoires et la narratrice naïve, la dénonciation de la condition féminine, et le rapport entre nature et contrainte. Le texte est bref et se prête bien à l'écoute — cinq heures et demie, soit trois soirées.

Notre guide du commentaire composé donne la méthode pour analyser une scène, et l'un des passages les plus donnés reste celui de la cérémonie de profession.