S'il y a un livre du XVIIIe siècle qui réclame la voix, c'est celui-ci. Jacques le Fataliste est fait de conversations, d'interruptions et d'apostrophes au lecteur : lu en silence, il déroute ; entendu, il devient évident.

Notre version intégrale dure 7 heures et 13 minutesl'écoute complète. Le texte reste disponible en lecture intégrale.

Un roman qui refuse de commencer

Jacques et son maître voyagent. On ne sait pas d'où ils viennent, où ils vont, ni pourquoi — et le narrateur nous le dit tout de suite, en refusant de nous renseigner.

Jacques entreprend de raconter ses amours. Il n'y parviendra jamais. Chaque fois qu'il approche du sujet, quelque chose interrompt : un cheval qui s'emballe, une auberge, une querelle, un autre récit, ou simplement le narrateur qui s'adresse à nous pour nous demander ce que nous préférerions.

Ce dispositif, emprunté au Tristram Shandy de Sterne que Diderot admirait, n'est pas un jeu gratuit. Il démonte méthodiquement les conventions du roman : la vraisemblance, la continuité, l'illusion, la promesse tacite qu'une histoire arrivera à sa fin.

Le fatalisme, et ce qu'il en reste

Jacques répète que tout « était écrit là-haut ». C'est la doctrine qu'il tient de son capitaine, et il l'applique à tout ce qui lui arrive.

Mais Diderot n'en fait pas une thèse : il en fait une expérience. Jacques agit, se fâche, décide, exactement comme s'il était libre, et invoque le grand rouleau après coup pour se justifier. Le livre montre ainsi qu'un déterministe conséquent vit comme tout le monde — ce qui est une objection autrement plus fine qu'une réfutation.

L'histoire de Madame de La Pommeraye

Au milieu du livre, l'hôtesse de l'auberge raconte, en étant sans arrêt interrompue elle aussi, l'histoire d'une femme trahie qui organise contre son ancien amant une vengeance d'une froideur remarquable.

Ce récit enchâssé est le plus abouti de l'œuvre de Diderot, et il tient seul : on le publie parfois séparément. Il vaut à lui seul l'écoute du livre.

Pourquoi l'audio change tout ici

Parce que le texte est un dialogue permanent — entre Jacques et son maître, entre le narrateur et le lecteur, entre les récits. À l'oreille, les changements de voix se distinguent naturellement, alors que la page les mélange.

Et parce que Diderot écrit comme on parle : phrases courtes, relances, coq-à-l'âne. Sept heures qui passent comme une conversation de voyage.

Pour l'analyse du texte et de sa construction, voir notre analyse de Jacques le Fataliste, et pour l'autre grand texte de Diderot, notre analyse de La Religieuse.