La Peau de chagrin est le livre qui a fait connaître Balzac, en 1831, et le seul de ses grands romans à reposer sur un élément fantastique. Il est disponible chez nous en livre audio intégral, dans une version de 8 heures et 4 minutes.

Le pacte

Raphaël de Valentin, jeune homme ruiné, sort d'une maison de jeu où il a perdu sa dernière pièce et se dirige vers la Seine pour s'y noyer. Il attend la nuit — se tuer en plein jour serait ridicule — et entre pour patienter dans un magasin d'antiquités.

Le vieux marchand lui montre une peau d'onagre couverte d'une inscription. Elle exauce tous les souhaits de celui qui la possède, mais rétrécit à chaque vœu, et la vie de son propriétaire avec elle.

Raphaël accepte en riant, souhaite un banquet — et l'obtient dans la minute. La peau a diminué.

Ce que Balzac fabrique avec ça

Pas un conte fantastique, mais une expérience. Le roman appartient aux « Études philosophiques » de la Comédie humaine, et sa thèse est explicite : ce qui tue l'homme, c'est le désir lui-même. Vouloir, c'est dépenser sa substance. Balzac oppose deux principes qu'il nomme le Vouloir et le Pouvoir, et fait de son héros la démonstration vivante du premier qui détruit le second.

La conséquence, admirable de cruauté : dès qu'il comprend le mécanisme, Raphaël s'organise pour ne plus rien désirer. Il se fait servir par des domestiques qui devinent ses besoins avant lui, supprime toute conversation, tout imprévu, toute émotion. Il devient immensément riche et absolument mort de son vivant.

La longue rétrospective

La partie centrale, « La Femme sans cœur », est un récit rétrospectif où Raphaël raconte sa vie d'étudiant pauvre, son travail acharné dans une mansarde, et sa passion pour Foedora, aristocrate qui accepte tout et ne donne rien.

C'est là que le roman rejoint le Balzac ordinaire, celui de l'argent et des salons — et que Foedora, « la femme sans cœur », devient l'un de ses portraits les plus célèbres. Face à elle, Pauline, la fille de sa logeuse, aime Raphaël quand il n'a rien ; c'est évidemment elle qui le perdra, puisque l'amour partagé est encore un désir.

Pour le lycée

Le roman est souvent donné en lecture cursive avec les axes suivants : le fantastique comme instrument philosophique, le désir et son coût, la satire de la société de la Restauration — la scène de l'orgie chez le banquier Taillefer est un morceau d'anthologie —, et la construction en trois parties qui enchâsse un récit dans l'autre.

Huit heures d'écoute, très inégalement réparties : la première partie est dense, la seconde est un long récit continu. Pour d'autres Balzac plus courts, voir notre Colonel Chabert et notre Lys dans la vallée.