Attention à l'homonymie : ce roman n'est pas d'Alexandre Dumas, mais de son fils, qui portait le même prénom. Publié en 1848, alors qu'il a vingt-quatre ans, c'est son unique chef-d'œuvre. Il est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 5 heures et 1 minute.
Un livre écrit sur une morte réelle
Marguerite Gautier a existé. Elle s'appelait Marie Duplessis, courtisane parisienne célèbre, morte de la tuberculose en 1847 à vingt-trois ans. Dumas fils avait été son amant. Il écrit le roman dans les mois qui suivent, et la vente aux enchères de ses meubles, qui ouvre le livre, a réellement eu lieu.
Cette proximité explique le ton : ce n'est pas un roman construit, c'est une reconstitution. Armand Duval raconte au narrateur son histoire avec Marguerite, puis on lit le journal qu'elle a laissé — le récit passe de main en main comme un dossier qu'on rouvre.
Le nœud
Marguerite quitte le luxe et ses protecteurs pour vivre avec Armand à la campagne. Elle vend ses bijoux en secret pour tenir. Puis le père d'Armand vient la trouver seule, et lui demande de renoncer — non pas pour son fils, mais parce que la réputation de la famille compromet le mariage de sa fille.
Elle accepte. Et pour qu'Armand ne revienne pas, elle lui laisse croire qu'elle l'a quitté par vénalité, et se laisse humilier publiquement par lui sans se défendre.
C'est ce silence qui fait le livre. Le lecteur sait ce qu'Armand ignore, et assiste pendant des centaines de pages à une injustice qu'un mot suffirait à dissiper.
Ce qui a fait scandale, et ce qui a duré
Dumas fils prend au sérieux une courtisane. Il ne la punit pas moralement, il montre le mécanisme social qui la broie : elle ne peut ni rester entretenue ni devenir respectable, et sa maladie ne lui laisse pas le temps d'inventer une troisième voie.
La pièce qu'il en tire en 1852 triomphe, et Verdi en fait La Traviata dès l'année suivante. Le personnage a ensuite été joué par à peu près toutes les grandes actrices du siècle suivant.
Cinq heures d'écoute
Le roman est court, à la première personne, avec beaucoup de dialogues et de lettres : il s'écoute très bien. Deux soirées suffisent. La dernière partie, le journal de Marguerite mourante, est celle qui gagne le plus à être entendue.
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