C'est le dernier grand conte de Voltaire, publié en 1767, et le plus sombre. Il est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 2 heures et 1 minute.

Le procédé

Un jeune Huron débarque en Basse-Bretagne, se révèle être le neveu du prieur du lieu, et se laisse baptiser, franciser, instruire. Il ne comprend rien aux usages parce qu'il prend chaque mot au pied de la lettre.

On lui dit qu'il faut se confesser : il exige que le confesseur se confesse à lui aussi, puisque l'Évangile dit « confessez-vous les uns aux autres ». On lui dit qu'il ne peut pas épouser sa marraine : il ne voit pas pourquoi.

C'est le regard étranger, comme chez Montesquieu ou Graffigny, mais poussé plus loin : l'Ingénu n'est pas seulement étonné, il est logique. Et la logique appliquée aux usages français les fait apparaître comme arbitraires.

Le basculement

À mi-parcours, le conte cesse d'être drôle. L'Ingénu, qui a repoussé une attaque anglaise, monte à Versailles réclamer sa récompense et le droit d'épouser Mlle de Saint-Yves. Il est embastillé sur dénonciation.

À la Bastille, il rencontre un janséniste et s'instruit — Voltaire fait de la prison le seul lieu où l'on apprend vraiment quelque chose en France.

Et Mlle de Saint-Yves, pour le faire libérer, cède au ministre qui la lui réclame. Elle obtient la libération et en meurt de honte.

Pourquoi cette fin change tout

Aucun autre conte de Voltaire ne se termine ainsi. Candide cultive son jardin, Zadig règne. Ici, l'héroïne meurt d'un chantage sexuel exercé par un homme de pouvoir, et les responsables n'ont pas le moindre remords.

Voltaire écrit après plusieurs affaires judiciaires qui l'ont marqué, notamment celle de Jean Calas. Le rire lui suffit moins qu'avant.

Pour le lycée

Axes fréquents : le regard étranger et la critique des institutions, le récit d'apprentissage — l'Ingénu est le seul héros de conte voltairien qui apprend réellement —, la satire religieuse et celle de l'arbitraire royal, et le mélange des registres, du comique initial au pathétique final.

Deux heures d'écoute. À écouter après Zadig et Candide : la trajectoire des trois contes est une leçon en soi.