Peu de premières ont autant compté. Le 25 février 1830, au Théâtre-Français, Hernani déclenche une bataille rangée entre partisans du théâtre classique et jeunes romantiques — une bataille qui se rejouera à chaque représentation pendant des semaines. Le texte est disponible en lecture intégrale.
Pourquoi une pièce a pu provoquer une émeute
Parce que tout, dans le premier vers, était une déclaration de guerre. Hugo ouvre sur : « Serait-ce déjà lui ? C'est bien à l'escalier / Dérobé. » L'alexandrin est coupé au milieu d'un mot-groupe, et l'adjectif « dérobé » bascule sur le vers suivant. Pour un spectateur formé à Racine, c'était une faute, et une faute volontaire.
Hugo avait exposé son programme trois ans plus tôt dans la préface de Cromwell : refus des trois unités, mélange du sublime et du grotesque, langue libérée de la hiérarchie des mots nobles. Hernani était la mise à exécution.
Les jeunes romantiques — parmi lesquels Théophile Gautier, dont le gilet rouge est resté légendaire — occupaient la salle des heures avant l'ouverture pour couvrir les sifflets. Le vacarme des premières représentations n'a pas empêché le succès : la pièce a tenu l'affiche, et le drame romantique s'est imposé.
L'intrigue
Espagne, 1519. Trois hommes aiment Doña Sol : Hernani, proscrit et chef de bandits ; Don Carlos, roi d'Espagne, qui deviendra l'empereur Charles Quint ; et Don Ruy Gomez, vieux duc à qui elle est promise.
Hernani, poursuivi, doit la vie à Don Ruy Gomez et lui remet un cor : au premier appel, il se donnera la mort. Don Carlos, devenu empereur, renonce à sa vengeance et pardonne — Hugo lui offre une scène de conversion politique au tombeau de Charlemagne, où le personnage change d'échelle en un monologue.
Hernani et Doña Sol se marient. Le soir même, le cor sonne. Le vieillard vient réclamer sa dette. Ils meurent tous les trois.
Ce qu'il faut retenir pour un devoir
La pièce est moins solide que Ruy Blas — l'intrigue accumule les invraisemblances, et Hugo lui-même le savait. Son importance est historique : c'est le texte par lequel une génération a pris le théâtre.
Les axes classiques portent donc autant sur la pièce que sur l'événement : la rupture avec les règles classiques et ce qu'elle change concrètement dans le vers, le héros romantique défini par sa marginalité et sa fatalité, et l'honneur espagnol comme moteur tragique — c'est une parole donnée, pas un dieu, qui tue les amants.
Pour l'auteur et le contexte, voir notre biographie de Victor Hugo ; pour le système qu'il attaquait, notre panorama du théâtre classique français.
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