À rebours, publié en 1884, est un roman où il ne se passe strictement rien — et l'un des livres les plus influents de la fin du XIXe siècle. Il est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 6 heures et 19 minutes.
Le programme
Jean Des Esseintes, dernier rejeton d'une famille aristocratique épuisée, dégoûté de Paris et de ses contemporains, se retire dans une maison de Fontenay-aux-Roses. Il y organise une existence entièrement artificielle : volets clos, jours et nuits inversés, domestiques invisibles, aucune visite.
Le roman est ensuite une suite de chapitres consacrés chacun à un objet de sa passion — les pierres précieuses, les parfums, les fleurs monstrueuses, la littérature latine de la décadence, les gravures de Gustave Moreau, la poésie de Mallarmé, un orgue à liqueurs où chaque alcool correspond à un instrument.
Deux épisodes seulement font exception : le souvenir d'une tentative d'éducation perverse d'un adolescent, et un voyage à Londres que Des Esseintes abandonne en gare, ayant conclu que l'imagination du voyage vaut mieux que le voyage.
La rupture avec le naturalisme
Huysmans venait du groupe de Zola ; il avait participé aux Soirées de Médan. À rebours est une désertion en règle. Zola le lui a reproché directement, y voyant un coup porté à l'école naturaliste — ce qui était exactement l'intention.
Le livre ouvre une autre voie : celle du roman sans intrigue, tenu par la seule sensibilité d'une conscience. C'est de là que sortiront une partie du symbolisme et une bonne part de la modernité littéraire.
Sa postérité immédiate
Barbey d'Aurevilly, en le lisant, écrivit à Huysmans qu'après un tel livre il ne lui restait « plus qu'à choisir entre la bouche d'un pistolet et les pieds de la croix ». Huysmans choisira la seconde, et se convertira quelques années plus tard.
Et c'est ce roman, presque certainement, qui est le mystérieux « livre jaune » dont Lord Henry fait cadeau à Dorian Gray et qui l'empoisonne — voir notre analyse du Portrait de Dorian Gray et notre biographie d'Oscar Wilde, qui a cité À rebours pendant son procès.
Faut-il l'écouter ?
Oui, à une condition : accepter qu'il n'y ait pas d'histoire. Les chapitres sont des inventaires somptueux, et la voix leur rend justice mieux que l'œil, qui a tendance à sauter les listes. Six heures, c'est court pour un livre qu'on peut reprendre n'importe où — aucun chapitre ne dépend vraiment du précédent.
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