Oscar Wilde a été, en l'espace de trois ans, l'homme le plus applaudi de Londres puis le plus infréquentable d'Angleterre. Sa biographie tient dans ce retournement, et on la lit mal si on ne suit pas les dates : entre le triomphe et la prison, il s'écoule exactement quatre mois.

Les origines irlandaises (1854-1878)

Il naît à Dublin le 16 octobre 1854. Son père, William Wilde, est un chirurgien réputé ; sa mère, Jane Elgee, publie des poèmes nationalistes sous le pseudonyme de Speranza et tient salon. Wilde grandit dans une maison où l'esprit compte davantage que la respectabilité — cela ne le quittera jamais.

Il étudie à Trinity College Dublin, puis entre à Magdalen College, Oxford, en 1874. Il y suit l'enseignement de Walter Pater et de John Ruskin, dont il retiendra deux idées opposées qu'il ne réconciliera jamais tout à fait : l'art n'a de compte à rendre qu'à lui-même, et l'art doit changer la vie. En 1878, il remporte le prix Newdigate de poésie pour Ravenna.

La construction d'un personnage (1882-1891)

En 1882, il traverse les États-Unis pour une tournée de conférences d'un an sur l'esthétisme. Il y forge sa méthode : se faire connaître comme personnage avant d'être lu comme écrivain.

Il épouse Constance Lloyd en 1884 ; deux fils naissent, Cyril en 1885 et Vyvyan en 1886. Il publie ses contes, Le Prince heureux, en 1888 — des textes que l'on donne aux enfants et qui sont, pour la plupart, d'une tristesse considérable.

Le Portrait de Dorian Gray paraît en revue en 1890, puis en volume augmenté d'une préface en 1891. Le scandale est immédiat, et la préface — « il n'y a pas de livre moral ou immoral, il y a des livres bien écrits ou mal écrits » — devient son manifeste. Notre analyse du Portrait de Dorian Gray détaille ce roman, disponible chez nous en lecture intégrale.

La même année 1891, il rencontre Lord Alfred Douglas, « Bosie », de seize ans son cadet. C'est le point de bascule de sa vie, même si rien n'en paraît encore.

Le sommet, puis la chute (1892-1897)

Quatre comédies en quatre ans font de lui le dramaturge le plus joué de Londres : L'Éventail de Lady Windermere en 1892, Une femme sans importance en 1893, puis Un mari idéal et L'Importance d'être constant en 1895. En février 1895, deux de ses pièces se jouent simultanément à guichets fermés.

Le mois suivant, il attaque en diffamation le marquis de Queensberry, père de Douglas, qui l'a publiquement accusé de sodomie. Le procès se retourne contre lui : les preuves rassemblées par la défense servent à le poursuivre à son tour. Le 25 mai 1895, il est condamné à deux ans de travaux forcés pour « indécence grave ». Il purge sa peine, en grande partie à la prison de Reading.

Il y écrit en 1897 la longue lettre à Douglas qui sera publiée sous le titre De Profundis. Constance a changé de nom de famille pour leurs fils ; il ne les reverra pas.

L'exil et la mort (1897-1900)

Libéré en mai 1897, il passe en France et vit sous le nom de Sebastian Melmoth, emprunté au roman gothique de Maturin, son grand-oncle par alliance. Il publie en 1898 La Ballade de la geôle de Reading, son dernier texte important, signé de son seul numéro d'écrou : C.3.3.

Il meurt à Paris le 30 novembre 1900, à quarante-six ans, dans une chambre de l'hôtel d'Alsace, rue des Beaux-Arts. Il est enterré au Père-Lachaise, sous un monument d'Épstein installé en 1914.

Par quoi le lire

Par Le Portrait de Dorian Gray si l'on veut le romancier, par L'Importance d'être constant si l'on veut l'homme de théâtre, par De Profundis si l'on veut comprendre ce que la chute lui a coûté. Les trois ne se ressemblent pas — et c'est le meilleur argument contre la légende du pur amuseur.