Un mot d'abord sur ce qu'on lit exactement. Il n'existe pas de Tristan et Iseut original : la légende nous est parvenue en fragments, chez Béroul, chez Thomas d'Angleterre, dans quelques textes allemands et scandinaves, tous incomplets. La version que tout le monde connaît est la reconstitution en prose de Joseph Bédier, publiée en 1900, qui recolle ces morceaux en un récit continu. C'est celle-ci, disponible en lecture intégrale et en livre audio de 3 heures et 44 minutes.
Le philtre
Tristan, neveu du roi Marc de Cornouailles, va chercher en Irlande Iseut la Blonde, promise à son oncle. Sur le bateau du retour, par erreur, ils boivent un philtre d'amour destiné aux futurs époux.
Tout le reste découle de là, et c'est ce qui distingue cette histoire de toutes les autres histoires d'adultère : les amants n'ont rien choisi. Leur passion est une force extérieure, subie, contre laquelle ni la loyauté féodale ni la religion ne peuvent quoi que ce soit. Ils trahissent sans être coupables.
Les épisodes qui restent
La fuite dans la forêt du Morois, où ils vivent en sauvages, et où le roi Marc les surprend endormis avec l'épée nue posée entre eux — signe de chasteté qu'il choisit de croire, alors que le lecteur sait à quoi s'en tenir. C'est l'image la plus célèbre de la légende.
Le serment ambigu d'Iseut, qui jure la vérité en trompant tout le monde par une mise en scène. Et la fin : Tristan blessé attend un navire dont la voile sera blanche si Iseut vient, noire sinon. Sa femme, jalouse — une autre Iseut, aux Blanches Mains — lui annonce la voile noire. Il meurt. Iseut arrive, et meurt sur son corps.
De leurs tombes sort une ronce que l'on coupe trois fois et qui repousse trois fois.
Pourquoi ce texte compte
Parce qu'il fonde, avec le cycle arthurien, la représentation occidentale de l'amour absolu — celui qui vaut plus que la loi, plus que le devoir, plus que la vie. Denis de Rougemont en a fait le point de départ de toute une réflexion sur l'amour-passion en Occident.
Et parce qu'il n'a rien de sentimental : c'est un récit dur, violent, plein de ruses et de mensonges, où les héros mentent sans arrêt et où le roi trompé est un homme digne qu'on ne peut pas mépriser.
Pour le collège
Au programme de cinquième. Axes fréquents : l'amour courtois et ses limites, la fatalité, le conflit entre passion et loyauté féodale, et la question du texte reconstitué — savoir qu'on lit Bédier et non un manuscrit médiéval fait partie de la leçon.
Moins de quatre heures d'écoute, dans une prose limpide écrite pour être dite : c'est l'un des textes médiévaux les plus accessibles. Voir aussi notre analyse du Roman de Renart, l'envers comique du même monde.
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