Stendhal a écrit ce texte en 1832, à Civitavecchia, en une quinzaine de jours, et ne l'a jamais publié. Il paraît en 1892, soixante ans plus tard. Il est disponible chez nous en lecture intégrale.
Le mot « égotisme »
Il faut commencer par là, parce que le titre égare. L'égotisme n'est pas l'égoïsme : c'est l'étude de soi, l'observation méthodique de ses propres mouvements intérieurs. Stendhal emprunte le mot à l'anglais et en fait un programme — se prendre soi-même pour objet d'analyse, avec la même froideur qu'on appliquerait à un inconnu.
Ce qu'il raconte
Les années 1821 à 1830. Il vient de quitter Milan, chassé par la police autrichienne, et surtout par un échec amoureux : Métilde Dembowski ne l'a pas aimé. Il arrive à Paris avec l'intention de se tuer, y renonce par curiosité, et passe dix ans dans les salons.
Le livre est donc une chronique de la vie parisienne sous la Restauration, vue par un homme qui s'y ennuie et qui observe tout : les libéraux, les académiciens, Destutt de Tracy dont il attendait beaucoup et qui le déçoit, les femmes, les dîners, la vanité littéraire.
La franchise, qui est le vrai sujet
Stendhal y raconte des choses qu'aucun mémorialiste de son siècle n'aurait consignées. Son échec sexuel avec une courtisane — l'épisode dit du fiasco — est rapporté sans fard, avec l'idée que c'est un fait intéressant comme un autre.
Il note aussi, sur lui-même, des jugements que personne n'oserait porter : sa laideur, sa timidité, son incapacité à faire bonne figure devant les gens qu'il admire. C'est cette absence de mise en scène qui donne au texte sa valeur, et qui explique pourquoi il n'a pas voulu le publier.
Un brouillon assumé
Le manuscrit s'interrompt en pleine phrase. Il n'est pas relu, il est mal construit, il saute d'un sujet à l'autre, il contient des abréviations et des mots anglais jetés là.
Ce n'est pas un défaut à corriger mentalement : c'est ce qui rend le texte proche du journal et de la pensée en train de se faire. Stendhal écrivait vite — il a dicté La Chartreuse de Parme en cinquante-deux jours — et cette rapidité est son style.
Par où l'aborder
Pas en premier. Si vous découvrez Stendhal, commencez par un roman : notre analyse de La Chartreuse de Parme ou celle du Rouge et le Noir. Les Souvenirs sont pour ceux qui veulent voir l'homme derrière les livres — et qui acceptent qu'il ne se montre pas à son avantage.
Voir aussi notre article sur L'Abbesse de Castro, autre texte moins fréquenté du même auteur.
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