Mademoiselle Fifi paraît en 1882. C'est la troisième fois que Maupassant traite la guerre de 1870, et c'est celle où il va le plus loin : la nouvelle se termine par un meurtre, et l'auteur ne fait rien pour en atténuer la satisfaction. Le texte est disponible en lecture intégrale.
Le récit
Un détachement prussien occupe le château d'Uville, en Normandie. Il pleut depuis des semaines. Les officiers s'ennuient et, pour s'occuper, saccagent méthodiquement les lieux : ils cassent la porcelaine, lacèrent les tableaux, font sauter les meubles à la poudre.
Le plus zélé est le sous-lieutenant von Eyrik, un jeune homme mince, maniéré, surnommé par ses camarades Mademoiselle Fifi à cause de son allure et de son juron favori. Sa distraction préférée consiste à détruire ce qui est beau.
Pour distraire les officiers, on fait venir de Rouen cinq filles de maison. Au cours du dîner, Fifi porte un toast à la conquête de la France et des Françaises, et gifle sa voisine, Rachel, qui a répliqué. Elle lui plante un couteau à dessert dans la gorge, saute par la fenêtre et disparaît dans la nuit.
Le curé du village, qui refusait depuis l'occupation de sonner ses cloches, les fait sonner pour couvrir sa fuite et la cache dans le clocher. Elle y reste jusqu'au départ des Prussiens. Un patriote l'épouse ensuite, « n'ayant pas moins de valeur que beaucoup d'autres ».
Ce qui change par rapport à Boule de Suif
Les deux nouvelles partent du même dispositif — une prostituée, des Prussiens, une communauté française qui la juge — et arrivent à l'inverse l'une de l'autre. Dans Boule de Suif, la femme cède sous la pression de ses compatriotes, qui l'abandonnent ensuite. Ici, elle tue, et la France entière — le curé, le village, un mari — la protège.
Ce n'est pas une contradiction, c'est une variation. Maupassant teste la même hypothèse dans deux conditions : que se passe-t-il quand la dignité d'une marginale coïncide avec l'intérêt du groupe, plutôt que de le contrarier ?
Le personnage de Fifi
Le portrait du sous-lieutenant mérite l'attention. Maupassant ne le fait pas brutal : il le fait oisif. Sa cruauté n'a pas de motif idéologique, elle occupe le temps. C'est probablement la charge la plus efficace du texte contre l'occupation — l'ennemi n'est pas un monstre, c'est un jeune homme qui s'ennuie et qui a du matériel.
Le surnom féminin, enfin, n'est pas anodin : Maupassant le donne à celui qui incarne la violence, et laisse le courage à une femme qu'on n'appelle par son prénom qu'après le meurtre. Pour le reste de son œuvre brève, voir notre guide des recueils de nouvelles et notre biographie de Maupassant.
Avez-vous des questions ?
Nos experts vous répondent !
Connectez-vous pour poser votre question.
Se connecterChargement…