Musset a écrit Lorenzaccio en 1834 sans espoir de le voir monter : la pièce compte trente-neuf scènes, des dizaines de personnages et des changements de lieu permanents. Elle a attendu 1896 pour être créée. Elle est disponible chez nous en livre audio intégral, dans une version de 3 heures et 18 minutes.
Le sujet
Florence, 1537. Le duc Alexandre de Médicis règne par la violence et la débauche, soutenu par l'empereur. Son cousin Lorenzo, surnommé par mépris Lorenzaccio, est son compagnon de plaisirs : entremetteur, lâche, méprisé de tous, y compris de sa mère.
C'est un masque. Lorenzo s'est rendu méprisable pour approcher le tyran et le tuer.
Toute la pièce tient dans une question qu'il pose lui-même : à force de jouer le vice, est-il encore capable de la vertu qui justifiait le jeu ? « Je suis devenu vicieux, lâche, un objet de honte et d'opprobre », dit-il — et il ne sait plus si c'est encore un rôle.
Un meurtre inutile
Il tue Alexandre. Et il ne se passe rien. Les républicains, à qui il avait annoncé le geste, ne se soulèvent pas ; ils délibèrent. Les Médicis installent un nouveau duc dans les jours qui suivent. Lorenzo, réfugié à Venise, se laisse assassiner pour une prime, presque distraitement.
C'est ce qui fait la modernité de la pièce et son amertume : Musset, vingt-quatre ans, écrit après l'échec des révolutions de 1830 pour dire qu'un acte héroïque isolé ne change rien si personne ne s'en saisit.
Les autres fils
Musset construit trois intrigues parallèles : Lorenzo et le duc, la marquise Cibo qui croit pouvoir amender le tyran par l'amour, et les Strozzi, famille républicaine que la vengeance privée détourne de la politique. Chacune échoue à sa manière, et l'ensemble compose un tableau de l'impuissance collective.
La pièce doit beaucoup à une chronique de George Sand, Une conspiration en 1537, que Musset a reprise et transformée — ils étaient alors ensemble.
Pour le lycée
Axes fréquents : le héros romantique et le masque, la question de l'action politique, la structure éclatée qui rompt avec les unités classiques, et le désenchantement propre au « mal du siècle ».
Trois heures d'écoute, et un texte qui gagne énormément à être entendu : le grand monologue de l'acte III, scène 3, est une des plus belles pages de théâtre du siècle. Pour un Musset plus léger, voir On ne badine pas avec l'amour.
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