Deuxième volet de la trilogie ouverte par Les Malheurs de Sophie, ce roman de 1858 est disponible chez nous en livre audio intégral, dans une version de 4 heures et 24 minutes.

Les modèles, et celle qui ne l'est pas

Camille et Madeleine de Fleurville sont les petites filles modèles du titre : obéissantes, généreuses, sans cesse données en exemple. Autour d'elles, leur mère, une gouvernante, et bientôt Marguerite de Rosbourg, recueillie après un accident.

Puis Sophie revient. Orpheline de mère, elle vit désormais avec son père mort et sa belle-mère, madame Fichini, qui la bat.

Le livre est beaucoup plus dur qu'il n'en a l'air

C'est ce qui surprend à la relecture adulte. Madame Fichini n'est pas une marâtre de conte : elle est vulgaire, violente, et le texte décrit les corrections au fouet avec une précision que plus aucun livre pour enfants n'oserait. Sophie ment, vole, cache — comportements que le roman présente, avec justesse, comme des conséquences directes des coups.

La comtesse de Ségur fait ici quelque chose d'assez remarquable pour 1858 : elle oppose deux systèmes éducatifs. Chez les Fleurville, on explique et on responsabilise ; chez madame Fichini, on frappe. Et elle montre que le second fabrique exactement les défauts qu'il prétend corriger.

Ce qui a vieilli, et ce qui tient

Ce qui a vieilli : la perfection un peu écœurante de Camille et Madeleine, la morale religieuse appuyée, et une hiérarchie sociale que personne ne discute — les domestiques sont bons parce qu'ils sont dévoués.

Ce qui tient : la place faite à l'enfant comme personne, avec ses raisons, sa peur et sa honte. Ségur écrit du point de vue des enfants, pas de celui des adultes qui les jugent, et c'est ce qui explique que le livre survive à sa morale.

Quatre heures et demie, en famille

Chapitres courts, dialogues abondants, situations très concrètes : c'est un texte fait pour la lecture à voix haute. La trilogie se termine par Les Vacances, où l'on retrouve les mêmes personnages avec les garçons de la famille.