Publié en 1874, Les Diaboliques fut saisi par le parquet et retiré de la vente quelques jours après sa parution. Barbey d'Aurevilly, catholique intransigeant, s'en défendit en expliquant qu'on ne peut peindre le mal sans le montrer. Le recueil est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 6 heures et 10 minutes.

Six récits, six femmes

Le Rideau cramoisi ouvre le volume et reste le plus célèbre : un officier raconte comment, jeune, il reçut chaque nuit la visite d'une jeune fille silencieuse dans la maison de ses parents — et ce qui arriva un soir. La nouvelle se termine sur une ellipse que Barbey refuse de combler.

Suivent Le Plus Bel Amour de Don Juan, Le Bonheur dans le crime, où un couple d'assassins vit heureux sans jamais être inquiété, Le Dessous de cartes d'une partie de whist, À un dîner d'athées, le plus violent, et La Vengeance d'une femme.

L'art de ne pas dire

C'est la marque du recueil. Chaque récit est raconté par quelqu'un à quelqu'un — un dîner, un salon, un voyage en voiture — et le conteur s'arrête toujours au bord. Il ne sait pas tout, ou il ne veut pas tout dire, ou il laisse deviner ce que la décence interdit d'écrire.

Ce procédé de récit enchâssé et lacunaire produit un effet que la description explicite n'atteindrait pas : le lecteur complète, et devient complice de ce qu'il imagine. C'est exactement ce que le parquet a reproché au livre.

Le mal comme sujet, pas comme décor

Barbey ne fait pas de la littérature immorale par provocation. Sa position, exposée dans sa préface, est théologique : les Diaboliques sont des histoires vraies, et il les raconte pour montrer ce que devient une âme sans Dieu. Ses héroïnes ne sont pas punies, elles ne se repentent pas, elles prospèrent — et c'est là qu'il est le plus dérangeant, y compris pour ses coreligionnaires.

Il s'y ajoute un goût du secret aristocratique, de la Normandie des vieilles familles, des passions qu'on cache pendant trente ans. Le style est ample, oral, plein d'apartés — il se prête donc particulièrement bien à l'écoute, chaque nouvelle faisant environ une heure.

Pour un autre recueil de nouvelles noires de la même époque, voir notre analyse du Horla de Maupassant.