Créée à Chambord devant Louis XIV en octobre 1670, la pièce est une comédie-ballet écrite avec Lully : le texte, la musique et la danse forment un seul spectacle, et la couper de ses intermèdes, comme on le fait souvent, en change la nature.
L'intrigue
Monsieur Jourdain, marchand drapier enrichi, veut devenir gentilhomme. Il paie des maîtres de musique, de danse, d'armes et de philosophie pour acquérir en quelques semaines ce qui suppose une naissance. Il se ruine en habits ridicules, se fait exploiter par le comte Dorante — qui lui emprunte de l'argent tout en courtisant à son profit la marquise Dorimène —, et refuse sa fille Lucile au bourgeois Cléonte, sous prétexte qu'il n'est pas noble.
Covielle, valet de Cléonte, invente alors la solution : faire passer son maître pour le fils du Grand Turc, venu demander la main de Lucile. On organise une cérémonie en langue inventée où Jourdain est fait « Mamamouchi ». Il accepte tout, ravi. La pièce s'achève sur son triomphe imaginaire.
La scène que tout le monde connaît
C'est celle du maître de philosophie qui apprend à Jourdain la différence entre les vers et la prose, et lui fait découvrir qu'il parle en prose depuis toujours : « Il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien. » Le ravissement de Jourdain devant cette évidence dit tout le personnage — il ne cherche pas le savoir, il cherche la sensation d'en avoir.
La suite de la scène, où il fait travailler l'ordre des mots d'un billet doux et revient au point de départ, est un des sommets comiques du théâtre français.
Ce que la pièce vise
La cible n'est pas seulement le bourgeois. Molière tape des deux côtés : Jourdain est ridicule, mais Dorante est pire — un noble authentique qui vit d'emprunts, ment sans effort et se sert du vaniteux qu'il méprise. Madame Jourdain, elle, a systématiquement raison et n'est jamais écoutée.
La cérémonie turque, enfin, a un contexte précis : l'ambassade de Soliman Aga, reçue à la cour en 1669, avait déçu Louis XIV en se montrant peu impressionnée par le faste français. Molière et Lully ont saisi l'occasion. Ce qui passe aujourd'hui pour une pure fantaisie était, à la création, une plaisanterie d'actualité.
Le dénouement mérite attention : contrairement à Tartuffe, aucun retour à la raison. Jourdain reste dans son illusion, et tout le monde y trouve son compte. Molière n'en tire pas de morale — il constate qu'une folie inoffensive peut arranger une famille entière.
Pour le lycée
Axes classiques : la satire sociale et la question de l'ascension bourgeoise, le comique de langage, le rôle du valet meneur d'intrigue, et la comédie-ballet comme forme. Les répliques les plus citées figurent dans notre florilège de répliques cultes de Molière, et notre panorama du théâtre classique français situe la pièce face à la tragédie de Racine.
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