Le roman de 1910 est aujourd'hui écrasé par ses adaptations — comédie musicale, films, dessins animés. Le texte est plus étrange que tout cela. Notre version intégrale dure 8 heures et 44 minutes : l'écoute complète, et le texte est disponible en lecture intégrale.

Un roman qui se prétend une enquête

Leroux, ancien journaliste, ouvre son livre par une préface où il affirme que le fantôme a réellement existé et qu'il a mené l'enquête dans les archives de l'Opéra. Il cite des documents, des témoins, un cadavre retrouvé.

Ce dispositif de faux reportage est maintenu tout du long, avec des notes de bas de page et des précisions administratives. Le lecteur du Gaulois, où le roman paraissait en feuilleton, y a cru en partie.

Le détail savoureux : le Palais Garnier possède réellement un lac souterrain, et les archives contiennent bien un squelette. Leroux part de faits vérifiables pour installer l'invraisemblable.

Érik

Le fantôme n'est ni un esprit ni un monstre. C'est un homme au visage détruit de naissance, ingénieur, architecte, musicien, ventriloque, prestidigitateur — un génie que sa laideur a exclu de toute vie sociale et qui s'est construit une maison sous un théâtre.

Leroux lui donne un passé précis, en Perse, où il a conçu des salles de torture pour un souverain. C'est ce qui rend le personnage inconfortable : il est à la fois victime absolue et bourreau réel, et le roman ne choisit pas.

La scène du démasquage, où Christine arrache le masque, est écrite du point de vue de la terreur — et la suite, du point de vue de la pitié.

Pourquoi l'écouter

Parce que c'est un roman sur la voix. Érik séduit Christine sans être vu, en chantant derrière un mur ; il se fait passer pour l'Ange de la musique. Toute l'intrigue repose sur des sons dont on ne voit pas la source.

Neuf heures, chapitres courts de feuilleton. Pour les autres romans de Leroux, voir Le Mystère de la chambre jaune et sa suite, Le Parfum de la dame en noir.

Notre analyse du Fantôme de l'Opéra reprend la construction du roman.