Publié en 1898, La Guerre des mondes a inventé un genre entier : l'invasion extraterrestre. Ce qui frappe à la relecture, c'est à quel point le livre est peu spectaculaire et beaucoup plus inquiétant que ses adaptations. Il est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 5 heures et 36 minutes.

Une invasion vue depuis un pavillon de banlieue

Le narrateur n'est pas un héros. C'est un écrivain de province qui voit tomber un cylindre dans la lande de Woking, va regarder par curiosité comme tout le monde, et passe ensuite le roman à fuir, à se cacher et à avoir faim.

Wells refuse absolument l'épopée. Pas de résistance organisée, pas de savant providentiel : une population qui encombre les routes, des trains pris d'assaut, des rumeurs contradictoires, et l'armée britannique — la plus puissante du monde en 1898 — balayée en quelques heures.

Les Martiens eux-mêmes sont décrits avec un détachement de naturaliste. Les tripodes, le rayon ardent, la fumée noire : Wells les traite comme des faits techniques, pas comme des merveilles.

Ce que le livre dit vraiment

Wells l'a expliqué : il a écrit ce roman en pensant à la Tasmanie, dont la population indigène avait été exterminée par des colons britanniques en quelques décennies. L'idée du livre est de faire subir à l'Angleterre ce que l'Angleterre avait fait ailleurs — une puissance technologiquement supérieure débarque, ne négocie pas, et dispose.

Cela donne au roman une froideur morale très particulière. Les Martiens ne sont pas méchants : ils ont besoin de la planète, c'est tout. Le narrateur finit d'ailleurs par comprendre qu'il n'est plus, dans l'ordre nouveau, qu'un animal nuisible.

La fin est célèbre et refuse elle aussi l'héroïsme : ce ne sont pas les hommes qui gagnent. Ce sont les bactéries. Wells fait de la biologie le dernier mot d'un livre sur la puissance.

L'écoute

Cinq heures et demie, deux livres de longueur inégale, une narration à la première personne qui ressemble à un témoignage : c'est un format idéal pour l'écoute, et le texte y gagne l'aspect de reportage que Wells recherchait — celui-là même qui rendra si crédible l'adaptation radiophonique d'Orson Welles quarante ans plus tard.