Tout le monde connaît deux ou trois de ces textes sans savoir d'où ils viennent. Lettres de mon moulin, recueil de 1869, est disponible en lecture intégrale et en livre audio de 4 heures et 1 minute.

Un moulin qui est un décor

Commençons par la légende, puisqu'elle fait partie du livre. Daudet prétend écrire depuis un moulin de Provence, à Fontvieille, en compagnie des hiboux et du vent. En réalité il vivait à Paris, publiait ces textes en feuilleton dans les journaux, et n'a jamais possédé ce moulin.

Ce n'est pas un détail : la Provence de Daudet est une Provence reconstruite pour des lecteurs parisiens, avec ce que cela suppose de charme et de convention. Le savoir ne gâche rien, mais évite de lire ces contes comme un documentaire.

Les textes qui restent

La Chèvre de M. Seguin, d'abord, qui est un chef-d'œuvre de cruauté déguisé en histoire pour enfants : la chèvre Blanquette veut la montagne, l'obtient, se bat toute la nuit contre le loup, et se fait manger au matin. La morale est ambiguë et c'est ce qui la rend inoubliable — la liberté vaut-elle une nuit ?

Le Secret de maître Cornille raconte un vieux meunier qui fait tourner à vide son moulin pour cacher que plus personne ne lui apporte de blé, les minoteries à vapeur ayant tout pris. C'est la nostalgie du monde d'avant, thème central du recueil.

S'y ajoutent Le Curé de Cucugnan, L'Élixir du révérend père Gaucher, Les Étoiles, et L'Arlésienne, dont Bizet tirera une musique de scène plus célèbre que le texte.

Pourquoi l'écoute convient si bien

Parce que ces textes sont des contes, écrits pour être dits, avec un narrateur qui s'adresse au lecteur, des relances, des ruptures de ton. Chacun fait dix à quinze minutes : c'est le format le plus adapté à une écoute fragmentée, ou à une écoute en famille.

Le recueil est au programme de collège, où l'on travaille surtout la structure du conte, le registre pathétique et humoristique, et la figure du narrateur. La Chèvre de M. Seguin y est presque toujours étudiée seule.