Il existe peu de textes que l'écoute serve aussi bien. Le Horla est un journal intime : un homme y note, jour après jour, ce qui lui arrive. Entendre cette voix se dérégler produit un effet que la lecture silencieuse atténue.

Notre version intégrale dure 3 heures et 41 minutesl'écoute complète tient en deux soirées. Le texte reste disponible en lecture intégrale.

Ce que raconte le journal

Un homme aisé vit seul dans sa maison au bord de la Seine, près de Rouen. Il regarde passer un trois-mâts brésilien et le salue. Quelques jours plus tard, il se sent mal.

Puis les faits s'accumulent. Sa carafe d'eau se vide la nuit. Il se réveille épuisé, avec la sensation d'un poids sur la poitrine. Une rose se casse toute seule dans son jardin, devant lui, tenue par une main invisible. Il comprend qu'un être est là, qu'il boit à sa place, qu'il lit par-dessus son épaule, et il lui donne un nom : le Horla.

La scène décisive est celle du miroir. Il se place devant sa glace et ne voit pas son reflet : quelque chose s'est interposé, comme un brouillard, et l'a effacé.

Une nouvelle qu'on peut lire de deux façons

Soit le Horla existe, et Maupassant écrit un texte fantastique sur l'arrivée d'une espèce venue remplacer l'homme — l'hypothèse que le narrateur développe lui-même, avec des arguments de savant.

Soit il n'existe pas, et nous lisons de l'intérieur la progression d'une folie, avec une exactitude clinique que personne n'avait atteinte avant.

Le texte ne tranche jamais, et c'est sa force. Chaque élément fantastique reçoit une explication rationnelle possible, et chaque explication rationnelle laisse un résidu. La séance d'hypnose chez le docteur Parent, où une femme obéit à une suggestion sans le savoir, sert précisément à installer le doute : si l'esprit peut être commandé de l'extérieur, où est la limite ?

Ce que Maupassant savait de tout cela

Il écrit la version définitive en 1887. Il souffre alors de syphilis, a des hallucinations, et se plaint de voir son double assis dans son fauteuil. Il sera interné en 1892 et mourra l'année suivante.

On peut lire Le Horla sans cette information ; on ne peut pas la relire sans elle. La fin — le narrateur incendie sa maison avec ses domestiques à l'intérieur, puis comprend que cela n'a rien réglé — prend alors une couleur très particulière.

Écouter plutôt que lire

Le journal est daté, jour par jour, du 8 mai au 10 septembre. Écouté, on suit un homme sur quatre mois, et l'accélération des dernières semaines devient physique.

Notre analyse du Horla reprend la construction et les deux versions du texte, et notre sélection des cinq meilleures nouvelles de Maupassant propose la suite.