C'est le roman dont on dit qu'il est difficile. Il ne l'est pas — il est lent, ce qui n'est pas la même chose. Et la lenteur, l'écoute la rend supportable là où l'œil moderne, habitué à courir, décroche.
Notre version intégrale de La Princesse de Clèves dure 4 heures et 7 minutes. Publié anonymement en 1678 par Madame de La Fayette, ce texte est régulièrement présenté comme le premier roman d'analyse de la littérature française.
Ce que l'oreille fait mieux que l'œil
La phrase classique du XVIIe siècle est construite, équilibrée, souvent longue — avec des subordonnées qui se referment proprement. C'est une syntaxe faite pour la diction : lue à voix haute, elle retrouve son rythme et devient limpide. Lue en silence par un lecteur du XXIe siècle, elle donne l'impression d'un embouteillage.
Le vocabulaire, lui, tend un piège plus discret. Quand Madame de La Fayette écrit « galanterie », « repos », « aveu » ou « estime », ces mots n'ont pas le sens d'aujourd'hui : « le repos » désigne la paix intérieure, presque le salut ; « la galanterie » désigne l'intrigue amoureuse de cour, avec ce qu'elle a de dangereux. À l'écoute, portés par une intonation juste, ces mots se comprennent par le contexte bien plus vite qu'à la lecture.
Un roman où presque rien n'arrive
Il faut le dire franchement : l'intrigue tiendrait en trois lignes. Une jeune femme épouse un homme qu'elle estime sans l'aimer, en aime un autre, ne cède pas, avoue tout à son mari, et se retire du monde. Aucune bataille, aucun duel décisif, aucun rebondissement. Tout se passe à l'intérieur.
C'est précisément là que le roman a inventé quelque chose. Avant lui, on racontait des aventures ; à partir de lui, on raconte une conscience. La scène de l'aveu — une épouse avouant à son mari qu'elle aime un autre homme, sans le nommer — a scandalisé les contemporains parce qu'elle était invraisemblable. Elle est surtout le premier grand moment de vérité psychologique du roman français.
Pour préparer l'écoute ou la prolonger, notre analyse de La Princesse de Clèves détaille la structure et les enjeux, et le guide des personnages démêle la cour d'Henri II, qui est la vraie difficulté d'entrée du livre.
Conseil d'écoute
Le premier quart d'heure est le plus exigeant : Madame de La Fayette y présente la cour, une trentaine de noms, alliances et rivalités comprises. Ne cherchez pas à tout retenir. Presque personne de cette galerie n'aura de rôle. Laissez passer, et accrochez-vous à quatre noms : Mademoiselle de Chartres, sa mère, Monsieur de Clèves, Monsieur de Nemours. Le reste est du décor historique.
Passé ce seuil, le roman se resserre et ne lâche plus. La deuxième moitié — l'aveu, la jalousie de Monsieur de Clèves, sa mort — s'écoute d'un trait.
Écouter et lire
Pour un travail scolaire, l'audio est un excellent premier passage : il donne l'œuvre entière en une après-midi, là où beaucoup d'élèves abandonnent en cours de lecture. Mais l'explication de texte exige le texte. Notre édition propose la version audio et le texte intégral, et la page de Madame de La Fayette réunit ses autres récits.
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