Peu d'écrivains ont eu une vie qui explique aussi directement leur œuvre. Chez Dostoïevski, la condamnation à mort, le bagne, l'épilepsie et le jeu ne sont pas des anecdotes biographiques : ce sont les matériaux de ses romans, souvent transposés à peine.

Moscou et la formation (1821-1845)

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski naît à Moscou le 11 novembre 1821. Son père est médecin à l'hôpital des pauvres ; la famille vit dans l'enceinte de l'établissement, au contact quotidien de la misère. Sa mère meurt en 1837, son père en 1839 — dans des circonstances restées obscures, une version tenace voulant qu'il ait été tué par ses propres serfs.

Il est envoyé à l'école supérieure du génie militaire de Saint-Pétersbourg, dont il sort ingénieur. Il démissionne presque aussitôt pour écrire.

La gloire immédiate, puis l'échafaud (1846-1854)

Son premier roman, Les Pauvres Gens, paraît en 1846 et le rend célèbre en quelques semaines : le critique Bielinski, qui faisait et défaisait les réputations, y voit le successeur de Gogol. Les livres suivants déçoivent.

Il fréquente le cercle Petrachevski, groupe de discussion socialiste. Arrêté en avril 1849, condamné à mort, il est conduit le 22 décembre 1849 sur la place Semionovski. Les condamnés sont attachés aux poteaux, les fusils épaulés — et la grâce impériale arrive à cet instant. Le simulacre était prévu depuis le début. Dostoïevski a passé quelques minutes en croyant qu'il lui restait quelques minutes ; il en parlera toute sa vie, et le prêtera au prince Muichkine dans L'Idiot.

La peine est commuée en quatre ans de bagne à Omsk, en Sibérie, suivis d'un service militaire obligatoire. Il n'y a qu'un livre autorisé au bagne : l'Évangile. Sa foi et sa rupture définitive avec le socialisme occidental datent de là.

Le retour et les dettes (1859-1866)

Autorisé à rentrer en 1859, il publie Souvenirs de la maison des morts, récit du bagne, qui frappe toute la Russie. En 1864 paraissent les Carnets du sous-sol, texte fondateur du roman moderne — et la même année meurent sa femme Maria et son frère Mikhaïl, dont il reprend les dettes.

Il travaille alors sous une pression financière permanente. 1866 est son année invraisemblable : il publie Crime et Châtiment en feuilleton tout en devant livrer un autre roman entier avant le 1er novembre, faute de quoi il perdait ses droits sur toute son œuvre. Il dicte Le Joueur en vingt-six jours à une sténographe de vingt ans, Anna Snitkina. Il l'épouse l'année suivante.

L'exil, la roulette et les grands romans (1867-1881)

Le couple passe quatre ans en Europe pour échapper aux créanciers. Dostoïevski y perd à la roulette tout ce qu'il gagne, y compris les vêtements d'Anna, avant d'arrêter net en 1871. C'est là qu'il écrit L'Idiot (1868), puis, de retour en Russie, Les Démons (1872) et Les Frères Karamazov (1880).

En juin 1880, son discours sur Pouchkine provoque une ovation qui tient de l'événement national. Il meurt à Saint-Pétersbourg le 9 février 1881, quelques semaines plus tard. Des dizaines de milliers de personnes suivent son cercueil.

Dans quel ordre le lire

Crime et Châtiment d'abord : c'est le plus tenu, le plus proche du roman policier, et notre analyse de Crime et Châtiment permet de préparer la lecture. Ensuite les Carnets du sous-sol, très courts, pour comprendre d'où vient tout le reste. Les Frères Karamazov en dernier — c'est le plus vaste et le plus exigeant.

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