Ces deux récits courts, publiés en 1801 et 1802, ont fait basculer la littérature française. Ils sont disponibles chez nous en livre audio intégral, dans une version de 2 heures et 55 minutes.
D'où ils viennent
Les deux textes étaient des morceaux du Génie du christianisme, ouvrage de défense de la religion que Chateaubriand publie au moment où Bonaparte rétablit le culte. Ils devaient illustrer une thèse : le christianisme est plus favorable à la poésie et aux passions que la mythologie antique.
Détachés de leur cadre, ils sont devenus autre chose — et infiniment plus lus que l'ouvrage qu'ils servaient.
Atala
En Louisiane, le vieil Indien Chactas raconte sa jeunesse : prisonnier d'une tribu ennemie, il est sauvé par Atala, fille d'un chef, qui l'aime. Ils fuient ensemble dans les forêts. Ils sont recueillis par le père Aubry, missionnaire.
Mais Atala a été vouée à la virginité par sa mère mourante, et elle ne peut rompre ce vœu sans se croire damnée. Elle s'empoisonne. Le père Aubry lui explique trop tard qu'elle aurait pu en être relevée.
Le récit vaut surtout par ses paysages : le Meschacebé, les forêts, les orages. Chateaubriand n'avait passé que quelques mois en Amérique et n'a jamais vu la moitié de ce qu'il décrit. Peu importe : il invente une façon de faire du paysage un état d'âme, et le siècle entier le suivra.
René, et le mal du siècle
C'est le texte décisif. René, jeune Français exilé chez les Natchez, raconte son ennui. Il n'a pas de malheur précis : il a tout, il ne veut rien, il éprouve ce que Chateaubriand appelle le « vague des passions » — un désir sans objet, une mélancolie sans cause.
S'y ajoute un secret : sa sœur Amélie entre au couvent pour fuir un amour qu'elle éprouve pour lui et qu'il ne comprend qu'en entendant sa profession de foi.
Ce personnage a produit une épidémie littéraire. Toute une génération s'est reconnue en lui, au point que Chateaubriand s'en agacera plus tard et regrettera d'avoir créé « une famille de poètes en prose ».
Pour le lycée
Axes fréquents : la naissance du romantisme, le mal du siècle, le paysage comme miroir intérieur, et l'exotisme — avec la question, à poser, du regard porté sur les peuples amérindiens, tour à tour idéalisés et niés.
Trois heures, une prose ample et très rythmée, faite pour la déclamation : c'est un texte que l'écoute sert mieux que la lecture silencieuse.
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