Albertine disparue est le sixième tome de À la recherche du temps perdu, publié en 1925, trois ans après la mort de Proust. C'est le volume le plus douloureux du cycle, et le plus déconcertant : son sujet n'est pas le chagrin, c'est sa disparition.
Le texte est disponible chez nous en lecture intégrale, en deux volumes : Albertine disparue — volume 1 et volume 2.
Le point de départ
Le volume s'ouvre sur trois mots qui closent le précédent : Albertine est partie. Le narrateur, qui la retenait chez lui dans une jalousie devenue geôle, se retrouve seul avec ce qu'il croyait vouloir.
Il manœuvre, envoie Saint-Loup, écrit des lettres calculées où il dit le contraire de ce qu'il espère. Puis arrive un télégramme : Albertine est morte, tombée de cheval.
Et le livre continue encore longtemps après.
Ce que Proust démontre ici
Que la souffrance amoureuse n'est pas une réaction à une perte, mais un processus qui a sa propre durée, indépendante de son objet. Le narrateur continue d'enquêter sur une morte — il envoie des gens interroger des témoins, cherche à savoir ce qu'elle faisait, avec qui, apprend des choses qui le détruisent. Elle n'est plus là pour que cela ait la moindre importance, et cela en a une immense.
Puis, progressivement, le mécanisme s'épuise. Le narrateur constate qu'il pense à elle moins souvent, qu'il regarde d'autres femmes, qu'il ne se souvient plus exactement de son visage. Proust décrit cet oubli avec la même minutie clinique que la jalousie — et c'est plus cruel que la mort elle-même : le moi qui aimait Albertine meurt avant elle dans la mémoire.
C'est la thèse du cycle entier, formulée ici de la manière la plus nue : nous ne sommes pas une personne mais une succession de personnes, et aucune ne peut tenir les promesses des précédentes.
Venise, et la suite
La dernière partie déplace tout : le narrateur part à Venise avec sa mère, et le deuil se dissout dans la contemplation. Le volume se clôt sur deux nouvelles qui préparent Le Temps retrouvé — le mariage de Gilberte Swann avec Robert de Saint-Loup, qui fait se rejoindre les deux « côtés » du début du cycle.
Une histoire éditoriale compliquée
Le titre lui-même a varié : Proust avait un moment retenu La Fugitive, abandonné parce qu'un autre auteur venait de l'utiliser. Et en 1986, on a retrouvé une dactylographie corrigée de sa main, très différente et beaucoup plus courte, qui a relancé le débat sur le texte à publier. Selon l'édition consultée, on ne lit donc pas tout à fait le même livre.
Si vous découvrez Proust, ne commencez surtout pas ici : notre guide Proust pour débutants et notre article comment lire Proust proposent un ordre d'entrée praticable.
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